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Un documentaire explore tous les aspects de cette étrangeté, au travers de trois jeunes femmes, sur France 2, à 23h05.

Dans ce documentaire sensible et créatif, Floriane Devigne explore avec délicatesse une problématique encore méconnue : celle des personnes intersexes, appelées auparavant hermaphrodites. « Ni d’Eve ni d’Adam, une histoire intersexe »** propose une exploration intime de trois amies, toutes nées avec des attributs de fille et de garçon. Audrey, Déborah et « M », qui demeure ici anonyme et cachée grâce à une technique subtile d’animation, ont été opérées régulièrement depuis l’âge de sept, huit ou neuf ans. Ablation des testicules, réparation des attributs féminins, etc. Sans être mise tout de suite au courant de leur particularité. Déborah, 25 ans, a dû attendre l’âge de 17 ans avant de comprendre qu’elle était née avec des chromosomes XY.

Ce documentaire de près d’une heure repose essentiellement sur le témoignage et la confrontation de ces trois jeunes femmes. « M » entretient d’abord une correspondance nourrie avec Déborah. Cette dernière, étudiante en sociologie, a fait de l’intersexuation son sujet de mémoire en études de genre à l’université de Lausanne. « M » se raconte à la première personne dans ces échanges très personnels, qui sonnent comme un journal intime, joliment écrit. « Je rêve parfois que je n’ai plus ni hanches ni fesses ni jambes. Ma folie ne va pas jusque-là. Il n’y a que le milieu qui m’encombre, son inutilité me glace », glisse-t-elle. Ou encore : « Je n’ai jamais eu d’amoureuse ou d’amoureux. Je ne parviens pas à ressentir du désir pour autrui ».

Des aspects biologiques, médicaux,...

En se servant des recherches de Déborah ou des réflexions d’Audrey, qui fait notamment part de son expérience devant des étudiants en médecine, le film de Floriane Devigne traite de tous les aspects de l’intersexuation : biologiques, médicaux, psychologiques, physiologiques, etc. Dans une pérégrination ponctuée de séquences d’animation, nous suivons ces jeunes femmes dans leur quête d’identité, dans la découverte patiente de leur personne, bien au-delà du genre. « Qui suis-je vraiment ? Que ce serait-il passé si on m’avait laissé le choix ? », s’interroge « M », qui vit en France, où l’intersexuation est encore prise en charge comme une pathologie qu’il faut traiter et réparer.

Ce documentaire est aussi militant, en faveur du choix à laisser aux enfants qui naissent sans sexe réellement défini. Il vise également à briser un tabou, et à libérer de la honte les jeunes touchés par cette étrangeté : entre 0,5 et 1,7% de la population, comme le rappelle le Youtubeur américain intersexe Pidgeon.