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Incompétences, manipulations, incohérences. Tel est le trio mis en lumière par Yves Boisset dans son documentaire-analyse «Les mystères sanglants de l'OTS» (diffusé sur France 3, ce jeudi à 23h). Un film qu'on suit comme un polar sauf qu'il s'agit de la triste réalité. La grâce doit sans doute en être rendue à un homme à la formation d'historien, passionné par les affaires de justice et réalisateur de fictions remarquées: «L'affaire Seznec», «L'affaire Dreyfus» et «Jean Moulin».

Au talent du cinéaste s'ajoutent des faits qui parlent d'eux-mêmes: 74 morts survenues au cours de 5 massacres perpétrés entre 1994 et 1997 au Québec, en France et en Suisse. La dramaturgie est inscrite au coeur même du réel. Ne se substituant pas aux enquêteurs, Yves Boisset remonte le fil d'affaires aux contours a priori folkloriques s'ils n'avaient entraîné la mort d'autant d'«innocents». La première vertu de son documentaire est donc de rendre claire et lisible une histoire complexe et volontiers fumeuse. Débusquant les pratiques occultes et les amitiés illicites, il met au jour les réseaux d'influence qui ont permis à l'Organisation du temple solaire de croître et d'embellir tout au long des années 90. A vrai dire, la démonstration est tellement cinglante qu'on se demande comment la justice a pu passer à côté. Errements d'enquêtes bâclées ou volonté manifeste d'étouffer l'affaire? S'il ne livre aucun coupable, Yves Boisset s'est fait sa propre opinion en reliant entre eux des faits «étonnants», en mettant en exergue les faux-semblants et hasards «providentiels» ou «démoniaques» - c'est selon - qui sous-tendent l'organisation sectaire devenue criminelle. Il montre les connexions avec l'assassinat de Yann Piat, ex-députée du Front national ou les liens entre Jo Di Mambro, fondateur de l'OTS et le Sac (Service d'action civique) de Charles Pasqua. A l'écoute des familles, il pose la question la plus troublante de cette sombre histoire: «74 morts et pas de coupable?»

© La Libre Belgique 2006