Médias/Télé

Le développement de la pensée est quelque chose d’incompatible avec la télévision." Résumée - en ces termes exacts - dans un rapport de Pierre Dherte, représentant le Comité de concertation des Arts de la scène (CCAS), la position de la RTBF à l’égard de la culture a vivement heurté l’Union des artistes.

Récemment réunie en assemblée générale, la plus ancienne association culturelle belge dans le domaine du spectacle a évoqué la nécessité de "réagir". Chacun avait encore à l’esprit la sortie médiatique de l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, affirmant que "la culture n’était pas faite pour le prime time".

Manque de concertation

Pour rappel, en décembre, suite à la suppression de l’émission "50° Nord", le service public avait été prié de proposer de nouveaux magazines culturels, conformément à ses missions de service public. En tant qu’entreprise à caractère culturel, la RTBF bénéficie en effet d’une dotation. Une plateforme de concertation avait donc été créée avec la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et les secteurs de la Culture, de l’Audiovisuel et de la Jeunesse. Le format, le contenu et le nom de nouvelles émissions avaient alors été dévoilés aux membres de la plateforme lors d’une première réunion, le 12 février dernier.

L’approche se voulait "inclusive", basée sur des "quorums de prises de décisions", et les projets audiovisuels de la RTBF devaient faire l’objet d’une concertation préalable. Toutefois, "contrairement à ce qui a été véhiculé par la presse, dénonce le rapport du CCAS, la plateforme n’a pas élaboré ces nouveaux programmes. […] Les membres n’ont d’ailleurs pas été conviés à rendre des avis ou des propositions circonstanciées."

Manque de formats pointus

Inquiet de sa véritable marge de manœuvre, le secteur des Arts de la scène évoque un "quasi-empêchement" ou, tout du moins, "l’impossibilité d’action ou d’influence". Cette plateforme n’accueille par ailleurs aucun membre de la société civile, poursuit Pierre Dherte. Il y a "trop peu d’experts, d’intellectuels ou de personnalités du monde culturel" et aucun "représentant du milieu universitaire" ou de "la Fédération des étudiants francophones"

Envoyé à la ministre de la Culture Joëlle Milquet, le rapport déplore également le manque de formats longue durée, pointus, permettant les débats d’idées, les analyses critiques ou le décryptage de "thématiques plurielles". Enfin, le Comité s’interroge sur le recours systématique au storytelling : "La mise en avant du téléspectateur à travers cette nouvelle écriture télé se fera-t-elle au détriment de l’artiste et de l’œuvre ?"

Valorisation par le bas ?

Le représentant du CCAS ne veut pas se livrer à des comptes d’apothicaire, mais le secteur des arts de la scène est devenu "le parent pauvre" de la télévision, poursuit-il. "Sauf pour la musique et le théâtre wallon", les Arts de la scène ne bénéficient d’aucune "émission, ni magazine spécifiquement et entièrement dédiés à sa catégorie propre". "Les travailleurs du secteur des Arts de la scène sont déjà confinés dans une boucle par laquelle ils sont progressivement écartés du chômage tout en étant confrontés à une diminution progressive de l’offre d’emploi dans leur secteur. Il eut donc été utile, dans le cadre des politiques de relance, d’au moins favoriser une plus grande valorisation de leur travail par une vitrine médiatique plus appropriée, un magazine dédié à ce secteur et permettant ainsi de mieux faire connaître les créateurs et les œuvres artistiques de ce secteur."

En FWB, les Arts de la scène constituent le deuxième plus gros secteur en termes de subventions octroyées. "Je suis prêt à suggérer à M. Philippot une très bonne idée d’émission populaire en prime time sur La une par exemple (mais nous sommes ouverts à toute autre suggestion !), reprend Pierre Dherte. Celle-ci tiendrait compte de l’urgence de valoriser aussi nos créations et nos créateurs issus des arts vivants ! Au fait, le cabaret, les arts de la rue, le cirque, la danse, les spectacles vivants pluridisciplinaires, l’illusionnisme, les Galas de l’Union des Artistes, les spectacles d’Armel Roussel, de David Murgia, de Jaco Van Dormael, ou encore les chorégraphies de Thierry Smits, de Michèle Noiret ou les stand-up de Jean-Luc Piraux, pour ne citer que ceux-là , sont-elles des activités artistiques "élitistes" par défaut et associées à "quelques grincheux" d’un "monde culturel" intéressant uniquement des non-téléspectateurs… qui se regarderaient inévitablement le nombril ? Pas si sûr !"

Sollicitée par "La Libre", la RTBF n’a pas souhaité réagir pour l’instant.