Médias/Télé

Le nom de ses rubriques est déjà tout un programme: «Glocal», «Kapital», «Latitude», «Technophile», «Pop culture». Cela fait plus de quatre ans que Largeur. com propose à travers ses articles et chroniques une vision originale, décalée, de l'actualité. Ce magazine en ligne créé à Genève au printemps 1999 par deux journalistes suisses, Gabriel Sigrist et Pierre Grosjean, se veut un observatoire des nouvelles tendances. Sa mission: capter l'air du temps, tous azimuts, tant en politique que sur les scènes sociale, culturelle, économique, technologique, scientifique. Bref, comme le résume Gabriel Sigrist, être une sorte de poil à gratter de la presse en ligne francophone

«Notre idée de départ était d'exploiter la culture Internet, notamment la liberté de ton qu'elle octroie, pour pratiquer une autre forme de journalisme. L'objectif était de produire un magazine d'attitude et d'opinion, indépendant et avant-gardiste, sur le modèle que proposaient alors des sites d'informations américains indépendants», souligne le cofondateur de Largeur. Cette exigence de fond se traduit au niveau formel par une mise en page et un graphisme épurés, sinon dépouillés, qui donnent la priorité au confort de lecture, le texte apparaissant en grands caractères noirs sur fond blanc. Une formule graphique inchangée par manque de moyens mais devenue depuis un atout.

Pigiste de luxe

Rapidement, l'approche de Largeur fait mouche. Avec ses sujets originaux, traités de manière décalée par des collaborateurs triés sur le volet pour leur expertise et la qualité de leur plume, le site séduit un lectorat en attente d'une information teintée d'analyse ou d'opinion avertie, et si possible non consensuelle. Mieux, le site gagne la crédibilité de la profession: ses sujets sont régulièrement repris par la presse écrite, audiovisuelle, et par les agences de presse.

Cette complémentarité de fait par rapport à la presse classique deviendra plus dynamique suite à l'explosion de la bulle Internet - dont le gonflement avait largement contribué à financer le lancement du site. Avec l'écroulement de la pub en ligne et la focalisation des investissements sur la presse traditionnelle, la rédaction passe de six à quatre personnes fixes, gérant un réseau d'une quinzaine de collaborateurs. Aujourd'hui, largeur.com s'est reprofilé, partiellement, en agence de presse. Le site valorise son expérience dans l'actualité «alternative» auprès de médias traditionnels, journaux ou radio, en quête de modernisation et demandeurs d'un «autre» type d'information.

«Nous livrons des pages clé en main, des dossiers, des chroniques, à certains médias classiques. Une situation assez ironique dans la mesure où nous voulions rester indépendants - ce que nous sommes toujours du point de vue de notre actionnariat et de notre liberté de ton», note M. Sigrist. «Finalement, ce genre de collaboration est bien tombé car cela nous évitait de rester en permanence dans notre bocal. Nous avions besoin d'air, de nous renouveler. Nous mettons d'ailleurs un point d'honneur à assister au briefing des journaux qui emploient nos services. Nous voulons surtout ne pas avoir l'image du pigiste de luxe».

Grâce à ces activités complémentaires, aujourd'hui devenues principales, le site a atteint l'équilibre financier au printemps dernier. Fort de ses 600000 pages vues par mois, Largeur continue à privilégier la qualité de son audience plutôt que l'effet de masse, grâce une sélection scrupuleuse de l'information. «Les gens ont trop à lire. Penser qu'il faut abreuver continuellement le lecteur pour l'accrocher est une idée - fausse - des grands groupes de presse. Notre expérience l'a prouvé: proposer un ou deux nouveaux sujets par jour a permis de fidéliser notre audience».

Almanach relié

Quant à une éventuelle formule payante, les responsables de Largeur (entièrement gratuit) y réfléchissent toujours. Le caractère unique de leur concept les pousse naturellement à la prudence, voire à la réticence.

«Comme nous proposons seulement un ou deux articles par jour, quelle somme avons-nous le droit de demander? Et puis n'allons-nous pas perdre des lecteurs en les faisant payer?», s'interroge Gabriel Sigrist. «Je crois plutôt, ne serait-ce qu'en tant que consommateur, que l'on paie pour quelque chose de concret, qui donne éventuellement accès à un contenu Web. Ce pourrait être, pourquoi pas, un almanach de fin d'année qui reprendrait en édition de luxe, reliée, les articles de l'année écoulée».

Webhttp://www.largeur.com

© La Libre Belgique 2003