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Le groupe de télévision RT (pour Russia Today), financé par le gouvernement russe, a diffusé ses premiers journaux en France. La chaîne, qui se veut purement informative, est pourtant soupçonnée d'être un organe de propagande d'Etat.

Lundi soir, Stéphanie de Muru, ancienne présentatrice de la chaîne française BFM TV, lançait le premier journal de RT diffusé en France. Pendant trente minutes, la journaliste enchaîne les reportages et reçoit également un invité sur le plateau. Un journal en apparence des plus classiques, diffusé également en direct sur le web.

RT, créée en 2005, veut agir comme contrepoids des médias traditionnels, à qui elle reproche d'avoir un biais pro-occidental. Elle entend également présenter le point de vue de Moscou sur les événements de l'actualité russe mais aussi internationale. "Notre public est celui qui n'est pas satisfait des informations qu'il reçoit des grands médias plus classiques", a expliqué la présidente de RT France, Xenia Fedorova, sur les ondes de RTL.

La chaîne vise également à toucher l'ensemble du public francophone. "Il y a un public francophone très important. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous avons décidé de lancer cette chaîne en français et pas en allemand. Nous pensons également aux pays francophones d'Afrique du Nord et au Canada.", a-t-elle ajouté.

"Organe d'influence" et "de propagande mensongère"

Toutefois, la chaîne, financée à 100 % par le gouvernement russe, est accusée de relayer le discours du Kremlin et de diffuser de fausses informations. Aux Etats-Unis, RT est soupçonnée d'avoir tenter d'influencer sur l'élection présidentielle de 2016.

Emmanuel Macron, le président français, n'est pas tendre avec ce nouveau média. Il y a quelques mois, il traitait la chaîne d' "organe d'influence" et "de propagande mensongère", diffusant "des contres-vérités alarmantes".

Ces accusations, le groupe les rejette catégoriquement. "Nous ne venons pas en France avec l'intention de diffuser des informations fausses ou partiales", déclarait récemment la présidente de RT France. "RT va apporter quelque chose de nouveau et rafraîchissant. Notre slogan est: 'Osez questionner'. Nous voulons encourager les spectateurs à poser des questions et à penser en dehors de la 'bulle d'informations' des médias 'mainstream'", qui "négligent certains points de vue", a-t-elle ajouté.

Interrogé par le Courrier International, Alexeï Tarkhanov, correspondant pour un quotidien russe, estime que RT "n'a rien à voir avec un média traditionnel". "C’est un véritable canal diplomatique, différent des canaux traditionnels. Actuellement, nous ne sommes plus dans une diplomatie polie, à la française, mais dans une diplomatie démagogique, populiste. Il y a toute une génération de dirigeants qui adoptent à présent ces méthodes populistes – et pas seulement en Russie. Il paraît donc logique que de nouveaux médias apparaissent, comme RT, pour relayer leur discours."

Une arrivée prochaine en Belgique?

Avec un budget de 20 millions d'euros, RT France est un des projets les plus ambitieux du groupe russe, qui possède déjà des antennes à Londres, Washington ou Tel-Aviv. Maintenant qu'elle a adopté la langue de Molière, RT sera-t-elle tentée un jour de séduire la Belgique? Aucune information ou rumeur à ce sujet pour le moment. Au préalable, la chaîne devrait dans tous les cas trouver un opérateur pour l'héberger. En France, après de longues discussions, c'est finalement Free qui a accepté.