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À Visa pour l'Image, le festival du photojournalisme, présentation de MAPS, une nouvelle agence imaginée par trois photographes belges de renom. Un réel défi face à Magnum (70 ans), Vu (30ans), Noor (10 ans) et une multitude de collectifs.

Visa pour l’Image à Perpignan est sans aucun doute le festival de référence du photojournalisme à un niveau mondial. Depuis 3 décennies, il est aussi le baromètre d’une profession en complète transformation. A l’heure où, pour le dire schématiquement, le téléphone portable généralisé semble rendre accessoire aux yeux de nombreux médias le métier de photoreporter, beaucoup d’agences de photographes de presse disparaissent tandis que d’autres tentent de redéfinir leur place dans le monde de l’image en diversifiant leurs débouchés, notamment vers le monde de l’art.

L’ère 2.0

A Perpignan, des deux étages auparavant dévolus aux agences et collectifs, il n’en reste plus qu’un. Et encore n’est-il pas surpeuplé. On y remarque néanmoins cette année la présence d’un nouveau nom : MAPS. Il s’agit d’une "structure" imaginée au départ par trois photographes belges de renom qui ont tiré les conclusions du malaise qu’ils avaient à travailler avec des grandes agences comme Magnum ou Vu. Après une longue maturation, les voici en train de présenter en compagnie de photographes suisses, polonais, italiens, américains, philippins et irlandais une structure qui leur semble répondre aux défis actuels de l’image documentaire.

Et cela tombe en cette année où la célébrissime agence Magnum Photos commémore ses 70 ans. Sept décennies qui n’ont pas été qu’un fleuve tranquille et qui ont obligé les successeurs des Capa et Cartier-Bresson à s’adapter continuellement à un monde de l’image tout aussi changeant que le monde lui-même.

Un modèle

Au fil du temps, Magnum a pris des tournants qui lui ont permis de survivre à défaut de bien vivre. Après avoir été une référence du reportage humaniste en noir et blanc de l’après-guerre et de l’essai photographique d’auteur à partir des années 1980, l’agence a tenu compte du déclin du marché photojournalistique et s’est réorientée dès les années 1990 vers le marché de l’art et le monde culturel notamment en s’appuyant sur ses archives.

Implantée à New York, Tokyo et Paris, la coopérative Magnum a été un modèle pour la galaxie du photojournalisme. Particulièrement en préservant cette indépendance financière qui depuis le début a donné une liberté incroyable à ses photographes. Mais dernièrement il lui a fallu composer avec des investisseurs pour éviter le dépôt de bilan. En l’occurence, Nicole Junkermann, une entrepreneuse qui en 1998 a co-fondé le site de pari et de jeu Winamax, et Jörg Mohaupt qui, lui, investit à titre privé. Cette transformation nécessaire pour investir et se profiler sur le web n’en reste pas moins un bouleversement culturel. Si certains ont jugé que c’était le prix à payer pour sauver l’édifice, d’autres l’ont mal vécu. C’est le cas du Belge John Vink qui a remis sa démission et a rejoint l’aventure de MAPS.

En 1966, si Raymond Depardon qui venait de galérer comme pigiste à l’approximative agence Dalmas décide de créer Gamma, c’est en pensant à l’organisation de Magnum qui avait su depuis 20 ans alors préserver les droits de ses photographes. Droits d’auteurs, droits de conserver ses négatifs, contrôle des légendes… En peu de temps, la jeune structure dépassa son modèle en comptant jusqu’à 6 000 contributeurs de par le monde. Un axe sur l’actualité chaude, de bons vendeurs expliquent un succès qui déboucha sur une scission à l’origine de l’Agence Sygma. Pendant 20 ans, les deux agences raflèrent une bonne partie du marché mondial puis elles disparurent. En 1980, Depardon abandonnait le reportage d’actualité et rejoignait Magnum Photos pour passer au documentaire.

Responsable photo à "Libération", Christian Caujolle pris son envol en 1986 en créant Vu qu’il voulait "une agence de photographes et non de photographies". Cela signifiait qu’il comptait distribuer des auteurs qui le cas échéant travailleraient pour l’actualité, mais sans se plier aux codes du genre. Le travail d’auteur serait privilégié, mais là aussi la roue a tourné et le projet enthousiasmant du départ s’est enlisé dans les exigences commerciales du métier. La dure réalité du marché a repris ses droits et dix ans plus tard, après sa cession au groupe Abvent, l’agence a amorcé un déclin qui se conclut aujourd’hui par le départ de photographes historiques. Ou plus récents comme les Belges Gaël Turine et Cédric Gerbehaye qui sont au départ du lancement de MAPS.

Les photographes qui rejoignent les agences ont le plus souvent le besoin de se retrouver dans une structure qui distribue et vend leurs travaux. Ce qui est censé leur permettre de se consacrer à leurs reportages. Mais le problème aujourd’hui est que les clients - la presse écrite surtout - se sont raréfiés.

D’où cette idée que l’on voit déjà à l’œuvre chez Magnum de diversifier la clientèle en se profilant dans le culturel et, phénomène plus récent, dans l’enseignement, stages, workshops et tutti quanti. Ce sont des projets que l’on retrouve aussi chez MAPS.

A lire son manifeste qui a des airs des débuts de VU quant à la philosophie, on ne peut donc pas vraiment dire que MAPS invente un tout nouveau modèle. Cependant, comme ce fut les cas pour nombre de ses prédécesseurs, ses photographes tentent d’échapper à l’engourdissement des vieilles structures et de profiter d’une énergie collective nouvelle. Un travail collectif de référence est prévu pour les prochains mois. On leur souhaite bonne chance.Jean-Marc Bodson