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Contrairement au dernier "Mip-Doc" à Cannes, frappé par la morosité économique, le nombre de participants au "Sunny Side of the Doc" a augmenté par rapport à l’édition précédente : 1 812 participants venus de 45 pays. Signe d’un intérêt croissant des professionnels pour ce marché du documentaire placé sous le signe de l’ouverture à l’international.

Pourtant, il n’y avait que 8 sociétés de production belges francophones sur ce marché la semaine dernière, "contre 16 ou 17 en 2006", rappelle Eric Franssen, directeur de Wallonie Bruxelles Images, agence de promotion de l’audiovisuel belge francophone à l’étranger.

"Les incertitudes du secteur ont une influence directe sur nos projets, puisque 80% de nos coproductions se font avec la France, et que le documentaire ne bénéficie pas, comme la fiction, du mécanisme fiscal de tax shelter ou du fonds régional Wallimage. Le nombre de projets baisse tandis que le groupe public français se réorganise." Le responsable des coproductions à la RTBF, Wilbur Leguebe, confirme qu’il reçoit "moins de propositions". Petite remise en perspective de Thierry Detaille, distributeur pour Wallonie Image Production et le Centre de l’audiovisuel à Bruxelles : "Depuis trois ou quatre ans, tous les pays européens ont connu des restructurations dans le service public. Dans ce contexte d’incertitude, où les échanges ont tendance à ralentir, où les chaînes prennent moins de risques en privilégiant des sujets plus fédérateurs, nous devons travailler plus."

Heureuse coproductrice de "R.A.S., nucléaire rien à signaler" d’Alain De Halleux (diffusé sur la RTBF et Arte), Isabelle Truc (Iota Production) nuance les propos de ses confrères "Depuis le début, on m’a toujours dit que ça allait très mal. Or, plus j’avance, plus j’ai des opportunités. Et il n’y a pas que la France qui coproduit nos films." Denis Delcampe, patron de Need Production, rebondit : "Au-delà du gros réseau français, on peut aussi se tourner vers la Flandre, les pays nordiques, l’Allemagne, la Suisse. S’il est vrai que le nombre de films vendus et leur prix baissent, cette crise se fait davantage ressentir dans les grosses structures. Nous fonctionnons de toute façon dans une économie réduite. Pour 300000 euros de financement sur un film en France, on atteint maximum 150 à 160 000 euros en Belgique, où l’audiovisuel demeure un artisanat."

Eric Franssen note également "cette tendance croissante des chaînes françaises à coproduire d’un côté de méga-productions comme "Apocalypse" d’Isabelle Clarke, et des sujets plus locaux de l’autre. Globalement, l’ingénierie de la coproduction est plus complexe. Avant, une seule chaîne pouvait mettre beaucoup d’argent sur un projet. Maintenant, il faut aller en voir deux ou trois, et cela entraîne plus de contraintes."

Denis Delcampe est venu à La Rochelle défendre "Sous la main de l’autre" de Dominique Henry et Vincent Detours ("Demain, j’irai mieux"), un doc sur le traitement thérapeutique des victimes de la torture à Lausanne. Il espère trouver trois ou quatre partenaires (RTBF, Arte, TSR, ZDF) pour la coproduction, pas plus, et quelques pré-achats. "J’espère qu’il y a encore de la place pour ce type de film de création, fragile, à la marge, tourné dans la durée", plaide-t-il.

"A part un "Scène de chasse aux sangliers" de Claudio Pazienza (qui a trouvé sa place sur Arte dans la case expérimentale "La Lucarne" et qui a remporté le Prix Scam 2009, NdlR), les films documentaires de Boris Lehman ou de Yann Bucquoy, qui ont une vraie pertinence dans le cinéma belge francophone et un côté labo, n’ont aucune chance d’intéresser les chaînes étrangères. C’est dommage de gommer les marges", regrette Eric Franssen. "Le film de création a une durée de vie plus longue que des films qui suivent les tendances. Je vends encore des films des années 1990 ", défend pour sa part, optimiste, Thierry Detaille, qui espère trouver acquéreurs chez les Européens, Américains, Canadiens, Chinois et Japonais.