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Laurent Delahousse est lycéen lorsqu’il est marqué par les images de l’arrivée en France de Klaus Barbie, en février 1983. Le "boucher de Lyon" vient d’être extradé de Bolivie, où il se cache depuis plus de 30 ans. L’ancien criminel nazi sera le premier à être jugé en France pour crimes contre l’humanité. L’ex-chef de la Gestapo de Lyon a arrêté, torturé et déporté des milliers de juifs et de résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1987, devant la cour d’assises de Lyon, Klaus Barbie a été condamné à la réclusion à perpétuité, avant de mourir quatre ans plus tard d’un cancer.

Depuis, le bourreau de Jean Moulin a fait l’objet de nombreux films. Laurent Delahousse s’attache essentiellement à la traque du tortionnaire, dans ce documentaire de 115 minutes qui emprunte aux codes de la fiction. "Nous avons construit cette histoire comme un documentaire polar, avec une manière de ménager le suspense, en utilisant un type d’écriture qui se rapproche du roman historique policier", détaille Camille Ménager, co-réalisatrice de Klaus Barbie, criminel naziH H avec Laurent Delahousse et Florence Troquereau. "L’objectif n’était pas de dévoiler une histoire, mais de la raconter autrement en touchant le public le plus large possible", poursuit-elle.

Renouer à l’image les fils de cette longue traque a demandé un travail de 15 mois pour "maîtriser le contenu d’abord, rencontrer des historiens, consulter des archives, et fabriquer ensuite le documentaire, avec les repérages, les interviews, et le tournage d’images dans des lieux qui ont compté dans l’histoire de Barbie, à Lyon et après, en Italie ou en Bolivie, à La Paz et dans la jungle où il s’est caché quelques années."

Dans ce travail soigné de mise en images, dont la facture fait penser à "Un jour/Un destin" (également proposé par Laurent Delahousse et la société de production Magnéto Presse), il y a peu d’images prétexte. "Nous n’avons utilisé les archives que si elles étaient signifiantes. Et nous avons tourné nos images avec un appareil photo caméra, pour obtenir une qualité proche du cinéma, avec de la profondeur de champ", insiste Camille Ménager, qui avait déjà travaillé sur le film "Mon meilleur ennemi" du cinéaste Kevin McDonald.

La qualité de ce premier épisode d’une collection qui pourrait s’appeler "Un jour/Une histoire" tient également à la richesse des témoignages. Pour reconstituer le puzzle, les éclairages d’historiens répondent aux récits du chasseur de nazis Serge Klarsfeld, de Robert Badinter, de victimes (dont Raymond Aubrac), de Jacques Vergès (avocat de Barbie), de Roland Dumas (avocat des victimes), de journalistes et militants boliviens, d’officiels français et américains, ou d’Alvaro de Castro, l’homme de confiance de Barbie, devenu Altmann après son exfiltration en Bolivie en 1951 par les services secrets américains, via une filière proche du Vatican. On entend encore feu le journaliste Ladislas de Hoyos, dont l’interview à La Paz a permis d’accélérer le processus qui a conduit au procès de Barbie en France. Un moment très fort.

Caroline Gourdin, à Paris