Médias/Télé Le cinéaste Frédéric Laffont rappelle que la culture est un investissement. La Trois, 21 h 20.

Proposé dans le cadre d’une soirée consacrée au Théâtre Royal de La Monnaie, Les Enchanteurs H H explorent les coulisses de l’opéra de Bruxelles, lieu magique parmi les plus prestigieux d’Europe. A travers la voix (off) du baryton José Van Dam, le cinéaste français Frédéric Laffont raconte ceux qui participent au spectacle. Filmé au cours de deux saisons lyriques (avant le début des travaux entamés à la Monnaie), "Les Enchanteurs" défendent une certaine vision du monde et de la société.

Filmer une idée, un processus créatif, un résultat

"C’est l’utopie à laquelle on croit tous ici !" Sur scène, dans les ateliers, les bureaux; plus de quatre cents personnes œuvrent à réaliser cette utopie. Costumières, couturières, machinistes, techniciens, menuisiers, musiciens, compositeurs, chanteurs, metteurs en scène, femmes de ménage… A l’ombre ou sous la lumière des projecteurs, ils partagent une passion commune et communicative. "Quand on met toutes nos compétences et toutes les techniques au service d’un spectacle, on peut faire descendre une maison du ciel, ensemble on fait des choses magnifiques."

Une œuvre composée par une Islandaise est ainsi dirigée par un chef libano-polonais. La mise en scène est réalisée par un Israélien. Les décors et les costumes sont dessinés par un Danois. Un Néerlandais signe la lumière aux côtés d’un dramaturge polonais. "Les enfants sont du chœur de la Monnaie, poursuit José Van Dam, il ne viendrait à personne l’idée de leur demander s’ils sont wallons ou flamands."

La culture, miroir de l’âme humaine

"Les Enchanteurs" n’est pas un prétexte au divertissement. Il ne s’agit pas d’un documentaire "strass et paillettes" dans les coulisses d’un Opéra national. L’approche est plus délicate. Frédéric Laffont défend une vision de la société que la culture élève au rang de civilisation. Il conçoit la scène comme un miroir où se reflètent beauté et laideur humaines; il envisage la création comme un instant de répit, une respiration, pour réfléchir le monde autrement.

A l’heure où les coupes budgétaires menacent ostensiblement le secteur culturel, "Les Enchanteurs" entrent en résonance avec l’actualité. Entre les répétitions et la préparation des prochaines saisons, devant des mécènes, Peter de Caluwe (le directeur de La Monnaie) se "bat, dit-il, contre les attaques continues de ceux qui pensent que la culture n’a rien à ajouter à notre société. Au contraire, plus que jamais nous devons rappeler que la culture est un investissement à court et à long terme très rentable".

Ce qui se joue dans "Les Enchanteurs" est en effet plus grand que la scène du théâtre.

Pour preuve, la captation - par Musiq’3 - de l’opéra "Le Coq d’Or" de Rimski-Korsakov (joué à La Monnaie la saison dernière). Plus d’un siècle s’est écoulé depuis sa création, et l’opéra n’a rien perdu de son turbulent sarcasme. Inspiré par Washington Irving et Pouchkine, ce conte tiré de la tradition populaire russe sera diffusé sur La Trois, après "Les Enchanteurs" (à 22h45). Il met en scène le roi Dondon, au tempérament guerrier mais naïf, un astrologue rusé, qui donne au roi un coq doué de pouvoirs magiques, et la reine de Chemakha aussi belle que mystérieuse.