Médias/Télé Les assurances et les négociateurs, ces acteurs qui se cachent autour des enlèvements. La Une, 22h20.

Kenny est le fils d’un chef d’entreprise de Caracas, au Venezuela. Comme d’autres membres de sa famille avant lui, il a été enlevé. Les ravisseurs demandent un million de dollars contre sa vie. Un ancien policier reconverti dans le privé travaille sur ce kidnapping, qui est le fil rouge du documentaire d’investigation La rançon : enquête sur le business des otages H H H. Remarquablement bien construit, le film de Rémi Lainé et Dorothée Moisan s’interroge sur le prix de la vie d’un homme et dévoile l’incroyable système secret qui entoure les enlèvements.

Recruter un négociateur

Chaque année, 30 000 personnes sont victimes de kidnapping. Le Venezuela détient le plus gros pourcentage au monde. En conséquence, des cellules de crise et des métiers spécialisés sont apparus dans le pays. Alors qu’auparavant l’enlèvement concernait les journalistes et les membres d’ONG, il touche aujourd’hui la population aisée. Pour répondre à cette tendance répandue en Amérique latine et en Afrique, les compagnies d’assurance internationales proposent des contrats "kidnap and ransom". Confidentiels et interdits dans plusieurs pays, ces contrats évaluent les risques d’un enlèvement et peuvent prévoir le remboursement de la rançon, jusqu’au doigt coupé ou le décès. Très rentables, ces compagnies font appel à des négociateurs professionnels pour ramener la victime saine et sauve. Ce marché lucratif emploie des anciens militaires et des agents des renseignements qui se rendent parfois sur le terrain. Les négociateurs guident la famille de la victime et étudient le comportement des ravisseurs. Ils conseillent de ne pas payer trop vite, par crainte d’un nouvel enlèvement ou de représailles.

Le chemin vers la libération

La force de ce documentaire captivant, agencé tel un polar, est le témoignage inédit de deux victimes d’enlèvement. Le Vénézuélien Kenny, finalement relâché en décembre 2016 grâce à la pression de la police, raconte son calvaire. Ensuite, le Danois Jeppe Nybroe, kidnappé à la frontière libano-syrienne en février 2014, relate son cas. La situation du journaliste free-lance est particulière car il a assisté à la négociation pour sa libération, menée via son compte Skype. Son négociateur retrace, lui, les étapes jusqu’à l’accord et explique le jeu de pouvoirs d’un kidnapping. L’enquête fournit aussi les confidences d’experts et d’acteurs directs de ce marché.

Inégalité sociale

Depuis quelques années, la tendance est au "kidnapping express", des plus petites rançons pour plus de rentabilité. Si certains experts mettent en cause l’inégalité sociale dans les pays les plus touchés, d’autres pensent l’inverse : c’est la criminalité qui creuse le fossé. Les plus riches peuvent s’en tirer, argent et professionnels à l’appui, tandis que les plus pauvres se ruinent pour sauver les leurs.

Commerce vieux comme le monde, le kidnapping évolue et, avec lui, l’appât du gain des assurances et le business des négociateurs.