Médias/Télé

Hier, Jean-Paul Philippot accueillait la presse au Palais des Congrès de Liège sur le plateau de "J’ai pigé", dont un enregistrement avait lieu le soir-même. Histoire d’illustrer le fait qu’une fois vue - il faudra en l’occurrence attendre encore quelques semaines, "J’ai pigé" étant passé à la trappe samedi dernier -, une émission télé est aussitôt oubliée. "Cela fait 80 ans que l’on espère pouvoir arrêter le temps; il s’agit d’un rêve aussi vieux que la radio. Aujourd’hui, le rêve est devenu réalité " L’administrateur général de la RTBF se faisait lyrique pour présenter un projet d’envergure et d’une importance capitale. Avec la création de la Sonuma, atterrit en effet l’idée de la numérisation des archives audiovisuelles.

Sauvegarder la mémoire

Ce qui existe déjà pour le cinéma (avec la Cinematek) ou pour les bibliothèques voit donc enfin le jour pour les archives de la radio et de la télévision. Le ministre wallon de l’Economie Jean - Claude Marcourt (PS) n’était d’ailleurs pas peu fier de se présenter comme le "type un peu fou" qui aura osé prendre la décision de lancer un processus capital si l’on ne veut pas que disparaisse un pan entier de notre patrimoine; les très riches archives de la RTBF étant en effet le reflet de notre mémoire collective. Il a ainsi débloqué vingt millions d’euros pour la création d’une société chargée de sélectionner, de numériser et de valoriser les archives audiovisuelles francophones. La Communauté française et la ministre Fadila Laanan ont directement embrayé en apportant 4 millions de cash, tandis que la valorisation du fond d’archives de la RTBF est estimée à 16 millions. La Sonuma - qui déménagera avec la RTBF à la future Médiacité de Liège, dont l’ouverture est prévue à la mi-octobre 2010 - dispose donc d’un capital de 40 millions d’euros pour se lancer. De quoi donner du travail à une douzaine de personnes pendant 5 ou 6 ans.

La tâche est en effet titanesque, comme l’a expliqué Jean - Louis Rollé, administrateur-délégué de la nouvelle société présidée par Jean-François Raskin. Si un important travail de tri et de catalogage a déjà été effectué par la RTBF, ce qui facilitera la tâche de la Sonuma, on estime à 100 000 heures les archives de la radio et à 87 000 heures celles de la télévision. Le tout réparti sur des supports très divers : pellicule, disques gravés, bandes magnétiques, VHS, cassettes, CD L’objectif est de parvenir à conserver 75 pc des archives télé (soit environ 65 000 h) et 50 pc des archives radio. Une tâche qu’effectuera un comité de sélection selon trois critères : l’état de conservation du support, l’intérêt patrimonial de l’archive et sa possible valorisation.

En effet, in fine, le but est, après restauration et numérisation, de pouvoir commercialiser les archives de la RTBF (mais aussi, pourquoi pas plus tard, celles des télés locales, communautaires ou privées) via des sites Internet, sur le modèle revendiqué de l’Ina en France - qui a déjà numérisé 400 000 heures de programmes ! Dès le début de l’année prochaine si le timing est respecté, l’offre s’adressera aussi bien au grand public qu’aux professionnels. Tandis que l’accès sera gratuit pour les enseignants, les chercheurs