Médias/Télé "La place de l’homme" livre le ressenti de cinq hommes face à une grossesse non prévue. Un débat.

Il faut commencer par souligner la légitimité du sujet abordé dans le premier long métrage de Coline Grando, diplômée de l’Institut des arts de diffusion (IAD) en 2015. Le ressenti d’hommes confrontés à une grossesse non prévue, et parfois à l’avortement, est absent des conversations et l’est davantage au cinéma et en télévision. "La place de l’homme", à travers les récits d’hommes de 20 à 40 ans sur cette situation, interroge son rôle dans les décisions telles que la contraception, la maternité et l’avortement.

Si le film ne questionne pas le droit à l’interruption volontaire de grossesse, il rend compte de la difficulté pour les hommes de prendre part à cette décision. Grâce au droit à disposer de son corps, le choix de poursuivre ou non une grossesse appartient à la femme. Si bien que l’homme, à qui l’on pose rarement la question, se sent perdu, piégé ou impuissant face à l’événement.

Des récits qui se complètent

La force du documentaire, coproduit par le Centre vidéo de Bruxelles et la RTBF, est la spontanéité des souvenirs et opinions livrés par les intervenants. Rien ne peut nous distraire de leurs propos, ils sont l’unique contenu du film.

"Il y avait deux conditions pour qu’ils participent : pas d’anonymat, le sujet étant encore tabou, je ne voulais pas le renforcer davantage, et que la partenaire soit au courant", explique Coline Grando. Pendant une heure, on passe d’un récit à l’autre sans perdre le fil de chaque "histoire", tout en voyant émerger un débat sous-entendu. "J’ai rencontré 50 hommes, 18 ont accepté de parler face caméra et j’en ai gardé 5 au montage. Je voulais laisser le temps à la parole de se déployer. Je n’ai gardé que ceux qui m’ont touchée. Ceux-là étaient dans le récit, on peut s’imaginer leur histoire et ils se complètent", décrit la réalisatrice.

L’homme au cœur du débat

"Je suis intervenue tout le temps dans la réalisation du documentaire, il n’est pas représentatif", ajoute Coline Grando. C’est ce que l’on constate lorsqu’il touche à sa fin. On a l’impression que toutes les grossesses non prévues divisent le couple et mettent l’homme à l’écart. Même si la réalisatrice admet avoir volontairement choisi ces récits pour bousculer le débat, c’est dommage de le faire sans pointer quelques heureuses expériences. Il faut aussi préciser que les hommes qui se livrent étaient dans une relation instable avec leur partenaire, ce qui permet aussi de comprendre que seul l’un d’eux a accepté de garder l’enfant et que tous sont aujourd’hui séparés.

L’objectif de Coline Grando est atteint : son film soulève le débat sur la place de l’homme dans la décision de l’avortement, voire même de la contraception et la maternité. Les assistantes en planning familial, qui n’ont pas accès au quotidien à ce genre de ressentis, y trouveront peut-être un outil de travail. Finalement, même si sa forme laisse perplexe, le propos du film parvient à interroger la distribution des responsabilités sur la maternité dans le couple.

Diffusé ce vendredi, à 16 h 15 au cinéma Aventure (Bruxelles) dans le cadre du festival Filmer à tout prix, et prochainement sur la RTBF.