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CORRESPONDANTE À PARIS

Ici repose Longwy, au fin fond de la Lorraine». Les premiers mots du commentaire désabusé de Camille Le Pomellec et Raphaël Kahane donnent le ton du reportage Lorraine coeur brisé **, diffusé en ouverture de la Thema «Le chômage n'est pas une fatalité».

C'est l'histoire d'un immense gâchis, d'une reconversion ratée dont les victimes sont aujourd'hui «des milliers de familles brisées, des jeunes sans espoir». Officiellement, un habitant de Longwy sur 10 est sans travail. En réalité, sans les emplois offerts par la Belgique et le Luxembourg voisins, le taux de chômage s'élèverait à 50 pc dans cet ancien bassin minier, dont les hauts fourneaux permettaient autrefois à 35 000 ouvriers et à leur famille de se nourrir.

Les Lugara, des immigrés italiens installés dans la région dans les années 50, sont de ceux-là. Le père, Tony, sidérurgiste, ex-délégué syndical CGT, fut un des piliers des manifestations contre les plans de fermeture des usines. Près de trente ans après les premiers signes du déclin à Longwy, son fils Laurent, sidérurgiste au chômage, regrette les faux espoirs instillés par la gauche en 1981. «Si on avait eu le courage de nous dire plus tôt que la sidé, c'était mort, nous aurions pu reconstruire autre chose! Aujourd'hui, on crève la dalle alors qu'au Luxembourg voisin, il y a plein de pognon», lance-t-il. «Pourquoi n'a-t-on pas fait le choix des services, des zones franches comme nos voisins?», renchérit son père.

Attractivité grand-ducale

La force de ce reportage réside dans la confrontation d'une analyse pointue de trente ans de politique de l'emploi en France avec les multiples témoignages de protagonistes locaux et nationaux. Il est rappelé ici que les experts savaient, dès les années 70, que la sidérurgie était condamnée, mais que personne n'a eu le courage d'en tirer les conséquences. A coups de subventions publiques à fonds perdus, l'Etat n'a fait que reculer l'inéluctable. Avec le Pôle européen de développement, le gouvernement français avait l'espoir d'attirer de nouvelles entreprises dans cette région à cheval sur le Luxembourg, la Belgique et la France, et de créer 8 000 emplois (dont 5 500 en France) sur dix ans. Résultat: 1 500 emplois ont été créés dans l'Hexagone, l'Etat ayant soutenu des entreprises amenées à disparaître ou à délocaliser, pour une note salée: chaque emploi créé aurait coûté à l'Etat 1 million d'euros.

Le reportage montre aussi que les patrons de PME lorrains préfèrent aller s'installer au Luxembourg, en raison notamment de charges sociales faibles. Le rêve de tous les jeunes de Longwy aujourd'hui? Travailler au grand-duché.

Afin de nourrir le débat mené à 22h05 par Daniel Leconte, un deuxième sujet interroge le modèle britannique, prenant pour exemple le Yorkshire et sa politique de l'usine rase. Contestée, la politique de l'emploi qui pousse les chômeurs à retrouver coûte que coûte un travail a néanmoins permis à cette région d'atteindre un taux de chômage inférieur à 5 pc.

© La Libre Belgique 2006