Médias/Télé

A priori, il pourrait s'agir de «cuisine interne» entre les deux principaux éditeurs de services (RTBF et RTL-TVI) et l'organe de régulation du secteur audiovisuel de la Communauté française, le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA). Mais la polémique a une portée bien plus large, dans la mesure où elle touche au traitement de l'information par les deux plus grands médias francophones.

Le 11 avril dernier, en marge de la conférence de presse sur le rapport annuel du CSA, sa présidente, Evelyne Lentzen, confiait au «Soir» son inquiétude à l'égard du traitement de l'info par la RTBF et RTL-TVI. En ligne de mire de Mme Lentzen: la couverture du procès Dutroux, les élections régionales de juin 2004 ou encore l'affaire Fourniret. La présidente dénonçait une tendance à traiter toutes les informations sur le même ton, «en général people», ou encore la montée en puissance du traitement immédiat et de l'émotionnel au détriment de l'analyse rationnelle.

Face à ce qu'elle qualifie de «dérive» et de «spectacularisation» de l'info télévisée, Evelyne Lentzen appelait à une prise de conscience, considérant qu'il était temps d' «objectiver l'information». Il est ainsi prévu, en association avec le parlement de la Communauté française, de mener au cours des prochains mois une étude sur le contenu et le traitement de l'information - notamment politique - à la télévision.

Lettre au picrate

Ces propos, régulièrement entendus dans certains milieux, ont provoqué la colère de la RTBF et RTL-TVI. Un courrier au ton très virulent, signé par les responsables de l'info télé de la chaîne publique (Yves Thiran, Benoît Balon-Perin et Benoît Moulin), a été envoyé à Evelyne Lentzen. Le ton «people »? «Pouvez-vous nous dire sur la base de quelle analyse scientifique de nos programmes vous formulez ce jugement à l'emporte-pièce?», interpellent notamment les trois signataires. Quant à la volonté d'objectiver le traitement de l'information télévisée en concertation avec le parlement, le trio s'étrangle: «La vision d'un pouvoir politique prenant en charge la définition des lignes éditoriales du service public nous ramène aux plus belles heures du ministère de l'Information de Joseph Staline ou de Charles de Gaulle» !

Contacté hier, Yves Thiran ne retire pas un mot. «Les reproches de la présidente du CSA sont à la fois infondés et injustes. En tant que sage de l'audiovisuel, le CSA devrait tenir des propos non seulement mesurés mais aussi argumentés», dit le directeur de l'Info et de l'Ethique.

L'irritation est également de mise du côté de la chaîne privée où Stéphane Rosenblatt, directeur de l'Info et des Programmes de RTL-TVI, considère que les propos de Mme Lentzen ne sont «pas neutres» et ne doivent donc «pas être pris à la légère».

Stéphane Rosenblatt parle de «lieux communs», de «poncifs» et de «procès d'intention hallucinants» dans le chef de la présidente du CSA. Et d'estimer que réduire la couverture du procès Dutroux à de l'anecdotique, c'est nier «avec mépris» tout le travail de sensibilisation du grand public - mené tant par RTL que la RTBF - pour faire mieux comprendre le fonctionnement de l'appareil judiciaire. Il s'insurge aussi contre l'idée de confier à des députés une réflexion sur l'objectivation de l'information «qui nous conduirait tout droit à un JT unique édité sur la base de critères définis par le politique!».

Mme Lentzen, que nous avons contactée, n'a pas souhaité faire de commentaires.

© La Libre Belgique 2005