Médias/Télé

ENTRETIEN

Depuis le «coup de poignard» de Daniel Ducarme en 2003, qui avait vu l'éphémère ministre-Président de la Communauté française reprendre le portefeuille de l'Audiovisuel à Richard Miller, ce dernier n'était plus intervenu dans les débats relatifs à l'audiovisuel. A l'occasion du débat parlementaire sur la renégociation du contrat de gestion de la RTBF, l'ex-ministre de l'Audiovisuel (2000-2003), aujourd'hui dans l'opposition, sort du bois dans une interview qui risque de hérisser la direction de la chaîne publique comme le parti socialiste (majoritaire au conseil d'administration de la RTBF).

«Une grande inquiétude»

Richard Miller, aujourd'hui député régional et échevin à la ville de Mons, frappe fort. «J'éprouve, comme l'ensemble du MR, une grande inquiétude pour la RTBF», entame celui qui négocia le précédent contrat de gestion de la RTBF et établit, entre autres choses, la nouvelle procédure de désignation des membres de la hiérarchie ertébéenne. La RTBF, précise d'emblée M. Miller, il l'aime... «Les libéraux sont attachés à une radio-télévision de service public. Nous l'avons amplement prouvé sous la précédente législature en injectant de nouveaux moyens financiers pour assurer la mise en oeuvre du plan Magellan.»

L'attachement du MR à la RTBF est toutefois conditionné à plusieurs éléments, dont l'apport financier aux autres secteurs de la Communauté française (le cinéma, la culture...) et la défense du pluralisme des opinions. «Or, il apparaît aujourd'hui que la RTBF s'adresse de moins en moins à l'ensemble du public de la Communauté française. La tonalité générale de la RTBF demeure celle d'une radio-télévision idéologiquement marquée, voire partisane», dénonce Richard Miller.

Une info encadrée de rouge

Au risque de ne pas convaincre tout le monde, le député MR s'en prend au traitement de l'information - «créneau fort de la RTBF» - sur la chaîne publique. Sur la forme, tout d'abord, il épingle la tonalité «très rouge» de la RTBF. «Quand on se branche sur le JT de 19h30, la première impression du téléspectateur est d'être connecté sur le site Internet du PS. Visuellement, toute l'info est encadrée de rouge.» Sur le fond, ensuite, Richard Miller note le «bannissement» à l'antenne de toute émission qui ne tournerait pas en critique systématique les vertus de la démocratie libérale et de l'économie de marché. «Quand la RTBF aborde ces sujets, c'est pour dénoncer.»

Dans la chute des audiences de la RTBF, en particulier sur le terrain sensible de l'information, Richard Miller invite l'administrateur général, Jean-Paul Philippot, à s'interroger: «Cette chute n'est-elle pas liée au fait que la RTBF ne s'adresse plus à l'ensemble du public et bafoue le principe du pluralisme des opinions?» Et M.Miller de résumer ses griefs: une info «tout en rouge», des éclairages intellectuels «tacitement interdits», un conseil d'administration cadenassé par le PS, un modèle syndical archaïque (avec absence d'élections sociales), une volonté ministérielle d'imposer un contrôle trimestriel de la RTBF, l'absence de grands débats publics à l'écran, disparition des grands reportages à l'étranger, etc.

A propos du nouveau contrat de gestion de la RTBF (2006-2011), Richard Miller accepte la critique de M. Philippot selon lequel le contrat signé en 2001 était empreint de méfiance. «A l'époque, nous étions dans un contexte d'énormes incertitudes financières pour la RTBF. Il fallait imposer des balises précises pour redresser la situation», rappelle-t-il. Cinq ans plus tard, M. Miller salue le redressement financier de la RTBF. «M. Philippot a fait la preuve qu'il était un bon gestionnaire. Mais cela ne suffit pas. Désormais, il doit montrer qu'il est aussi capable de faire de la RTBF une entreprise moderne, dynamique, et une chaîne publique d'information de référence.»

«Crise de confiance»

Au contrat de méfiance dénoncé par l'administrateur général de la RTBF, le député libéral répond par l'apparition d'une «crise de confiance» entre la RTBF et ses téléspectateurs. Et quand Jean-Paul Philippot réclame de nouveaux moyens financiers à la Communauté française pour assurer le développement de la RTBF au cours des cinq prochaines années, Richard Miller réclame prioritairement un rétablissement de la confiance entre la chaîne et son public. «Qu'il réussisse d'abord ça! Ensuite, on pourra éventuellement envisager d'accorder plus de moyens à la RTBF», conclut le très en verve Richard Miller. On imagine déjà les grincements de dents dans les couloirs de Reyers...

© La Libre Belgique 2006