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Peut-être y a-t-il une justification à tout cela ? On ne veut pas se livrer à une chasse aux sorcières, on veut comprendre." Telles étaient les opinions les plus fréquemment émises à quelques heures de l’Assemblée générale de la société des journalistes de la RTBF, jeudi soir. Au sortir, le courrier adressé à l’administrateur général ainsi qu’à l’ensemble de la hiérarchie info RTBF, masquait mal l’absence d’enthousiasme. "On a le sentiment de ne pas avoir été entendus. Personne n’a été convaincu des explications données sur les "affaires" Donfut ou Defossé." Car il y a tous ces éléments troublants depuis quelque temps déjà; ces journalistes qui avouent pratiquer une certaine forme d’autocensure : "Je n’ose plus" ou "On est plus prudents, par la force des choses" . "Un sujet sur Donfut prévu peu avant le clash avec Di Rupo est passé à la trappe. On nous dit qu’il n’y a aucun rapport mais les pressions nous semblent évidentes" , confie cette journaliste. Quant à la non-invitation de Defossé dans "Mise au point", elle n’a pas encore fini de crisper les esprits : "Qu’on nous laisse faire notre travail ! On allait le questionner, le bousculer, que croient-ils ?" , interroge cet autre.

Ce qui frappe le plus ? "Les interprétations sont opposées selon qu’on interroge Jean-Pierre Jacqmin (directeur de l’info) ou le(s) journaliste(s) concerné(s) par les cas litigieux, confie un autre. Et dans tous les cas, c’est son interprétation qui est la bonne." "On nous promettait beaucoup de changements, mais il y a un vrai décalage entre ce que Jacqmin dit et ce qu’il fait. Où est l’impertinence ?" Dans ce climat, les éditeurs de JT se sentent davantage "chefs de gare ou pompiers", profils qui ne suscitent forcément pas les vocations. Sans parler des excès d’autoritarisme qui ont tendance à brider les gens. "Cela crée un climat où on anticipe la pression et on pratique l’autocensure." D’où cette demande officielle de la SDJ, que "l’ensemble de la hiérarchie revoie son fonctionnement et travaille avec moins d’autoritarisme", tandis que des outils de consultation seront mis en place au sein de la rédaction afin "d’éviter que des cas de ce genre ne se reproduisent".

Interrogée sur ces tensions dans la rédaction, Johanne Montay ne cache pas son malaise. Rédactrice en chef du service politique, elle se trouve en effet à mi-chemin entre les journalistes et Jean-Pierre Jacqmin, duquel elle refuse de se désolidariser. "Jean-Pierre peut être un peu sec dans la manière dont il s’adresse aux autres. Mais il le sait et il y réfléchit; il est ouvert à la remise en question On n’a sans doute pas l’habitude, à la RTBF, d’une telle prise de responsabilité, cela ne fait pas partie de la culture d’entreprise " Du côté de la direction de l’info, l’heure est cependant à l’apaisement, après la rencontre avec la rédaction. "Nous devons concentrer nos énergies sur notre travail, pour fournir de bons JT", demande Johanne Montay. Espérant que les vacances calment le jeu et que les esprits soient plus sereins à la rentrée