Médias/Télé

La télé-réalité a-t-elle, à l'image d'une pieuvre insaisissable, contaminé d'autres genres du petit écran (information, fiction, divertissement,...)? La question était au centre d'un panel du colloque organisé mercredi dans l'hémicycle du Parlement de la Communauté française (lire ci-dessus).

Témoignages intimistes, caméras indiscrètes, vécus affichés de manière brute,... Les caractéristiques liées aux émissions de télé-réalité se retrouvent dans d'autres programmes, faisant apparaître «une préoccupation liée à la confusion des genres», observe François Heinderyckx (CEM/ULB). Des caractéristiques qui, si elles explosent aujourd'hui dans la télé-réalité, révèlent des tendances lourdes plus anciennes. «Avec un élément très marquant qui est entré de plain-pied dans la télé-réalité, souligne Frédéric Antoine (ORM/UCL), qui est la construction par le récit». Une technique abondamment utilisée par «Strip-Tease» et d'autres émissions de chaînes publiques (dont la BBC) où, comme l'a rappelé Marco Lamensch, le langage de la fiction et du cinéma a été employé dans le cadre de documentaires.

Pour Hugues Le Paige (ex-RTBF), le langage est la question centrale, d'autant plus qu'il agit sur le contenu. «Le langage de la télé-réalité, c'est l'obligation de spectacle et la représentation la plus sexy possible de la réalité. Ce sont aussi des programmes à très haute charge idéologique où dominent les valeurs du marché, la compétition,...», déplore-t-il. M. Le Paige voit un indice de contamination de la télé-réalité, sur les autres genres, dans le domaine de l'information où on privilégie de plus en plus le témoignage à l'expertise, le fait divers à l'info politique, le reportage sexy à l'analyse.

«La question à se poser est de savoir si le langage télévisuel utilisé sert ou non l'information», rétorque Katherine Brahy, journaliste à RTL-TVI. Et d'ajouter que s'il est possible de faire mieux aimer la politique aux gens par la voie ludique - composante de la télé-réalité -, il ne faut pas s'en priver. «La limite à se fixer, c'est la pertinence de l'information», estime-t-elle. En écho, le producteur Boris Portnoy (Keynews) note, avec satisfaction, que la Commission européenne a chargé la société Endemol (pionnière en matière de télé-réalité) de produire un programme sur le fonctionnement de l'Union...

«Les programmes de télé-réalité ne peuvent être assimilés à des oeuvres de création, comme le sont le documentaire ou la fiction», tranche Luc Jabon, scénariste. Lequel suggère une taxation des communications téléphoniques des reality-show pour financer les «véritables» créations audiovisuelles... Et ainsi profiter habilement de la contamination?

© La Libre Belgique 2004