Médias/Télé Correspondante à Paris

Quand les chaînes destinées aux bébés de six mois à trois ans sont apparues dans le paysage en 2007, les parents ont été appâtés par des arguments chocs : ces programmes adaptés étaient censés permettre aux tout-petits d’apprendre à parler plus vite, de mieux s’éveiller, de se socialiser Tout avait été prévu dans le monde de "Baby TV" ou de "Baby First TV", même la nuit ! Des programmes aussi apaisants que des poissons dans un bocal, de la musique douce ou des mobiles pouvaient tourner en boucle dans la chambre des bébés, pour les entraîner dans le sommeil et leur permettre de se rendormir sereinement, sans réveiller les parents. En faisant référence au concept d’"edutainment", mélange d’éducation et de divertissement, l’industrie audiovisuelle a su séduire des adultes se débattant avec leur vie professionnelle et leur vie familiale. C’est un marché qui pèse désormais 500 millions de dollars par an aux Etats-Unis !

Dès le lancement de ces chaînes, des spécialistes de la petite enfance ont tiré la sonnette d’alarme. Et aujourd’hui encore, à mesure que les études se développent et s’affinent, les pédopsychiatres et autres psychologues du développement tentent de ramener à plus de raison grand public et promoteurs de programmes pour bébés (qui s’expriment ici).

Le documentaire scientifique d’Anne Georget, Une télé dans le biberonH H, propose un tour d’horizon, non exhaustif mais très intéressant, d’une poignée d’études. En répondant essentiellement à une question, centrale dans "le discours publicitaire mensonger, culpabilisant les parents" (selon le psychiatre Serge Tisseron) : la télé est-elle un outil éducatif efficace pour les enfants de moins de trois ans ? Si l’on s’en tient aux études, essentiellement américaines, exposées ici, la limite serait d’ailleurs plutôt fixée à deux ans, deux ans et demi, âge à partir duquel l’enfant serait capable de comprendre ce qui se joue à l’écran

Et avant ? Toutes les études convergent : les bébés, totalement captifs face à un écran, n’en retirent aucun apprentissage. Le visionnage de programmes pédagogiques retarderait même certains apprentissages. Ce temps passé devant la télé constitue autant de moments d’interaction en moins avec l’entourage, interaction humaine beaucoup plus efficace dans l’apprentissage, notamment du langage. Un jeu de cubes semble aussi bien plus utile au développement qu’un DVD.

Dans leurs "baby labs", les chercheurs ont mis en évidence des données passionnantes sur la manière dont les jeunes enfants comprennent ce qu’ils voient à l’image, sur leur capacité à traiter mentalement l’objet montré à l’écran et sa représentation, sur l’impact des images sur le rythme cardiaque

Sans connaître exactement les effets néfastes à long terme du petit écran (un aspect trop peu développé ici), les spécialistes invitent globalement à la prudence. Comparant ses recherches aux premières études sur le tabac, le Dr Dimitri Christakis de l’hôpital des enfants de Seattle estime que "la sagesse serait d’éviter de placer les bébés devant la télé".