Médias/Télé

C'est la nouvelle tendance dans la presse quotidienne francophone: depuis quelques mois, les journaux renforcent leur couverture du monde de la télévision. «Le Soir» a lancé début septembre «Zap», un supplément uniquement axé sur le petit écran. «La Dernière Heure - les Sports» fait encore plus fort avec un supplément le vendredi et un autre le dimanche. Et du côté de «La libre Belgique», une réflexion est actuellement en cours.

Cuisine fast-food?

Face à cette offensive des quotidiens, les magas télé classiques («Ciné-Télé-Revue», «Télépro», «Télémoustique» et «Télé Pocket») prévoient-ils d'adapter leur offre? «On s'est dit: «ait and see», explique Guy Darrénougué, éditeur responsable de «Télépro». Nous observons nos chiffres de vente et nous verrons s'ils restent très bons.» Et actuellement les magas télé constatent-ils une baisse de leur lectorat? Aucun ne l'admet, seul M.Darrénougué reconnaît «des variations atypiques de semaine en semaine de nos ventes, lesquelles globalement sont en augmentation». Patrick Weber, rédacteur en chef de «Télémoustique» estimant, lui, «qu'il est encore trop tôt pour se prononcer.»

Si la présence renforcée des quotidiens dans le créneau de la télévision demeure «une menace» pour les magas télé, elle ne semble pas les effrayer. Particulièrement pas Marc Deriez, le rédacteur en chef de «Ciné-Télé- Revue», leader du marché avec plus de 400000 numéros vendus chaque semaine. «Nous ne jouons pas dans la même division. Ces suppléments télé, c'est de la cuisine fast-food. Nous sommes dans une autre catégorie. C'est comme dans un Grand Prix de Formule 1, il y a les 2CV et les autres...»

Pas de crainte non plus, dans un marché fort restreint, d'assister à un transfert des publicités au profit des quotidiens? «Non, explique Guy Darrénougué, les annonceurs préfèrent les environnements dotés d'un minimum de luxe à un supplément gratuit.» Un point de vue que confirme Patrick Weber. «Les annonceurs privilégient les magazines payants car leur achat résulte d'une démarche volontaire.» Michel Mabille, directeur commercial d'IPM, la société éditrice de la DH, réfute partiellement ces arguments. «Le supplément télé fait partie de la DH qui elle-même est payante. On ne peut donc pas parler de suppléments gratuits. En outre, l'avantage d'une annonce dans nos suppléments est que le profil de nos lecteurs est clairement déterminé, notamment grâce aux études du CIM. Les annonceurs peuvent ainsi toucher une cible qualifiée. Mais de toute façon, ces suppléments ne sont pas lancés contre les magas télé mais pour mieux correspondre aux attentes de notre lecteur et promouvoir nos ventes. Nous pensons ajouter notre offre à celle des magazines.»

«Télé Pocket» menacé?

La confiance en eux-mêmes des magas télé provient également de leur contenu rédactionnel. «Les magas télé aujourd'hui en Belgique sont bien plus que des grilles de télévision», explique Patrick Weber. Une valeur ajoutée qui prend la forme, de la culture, du sport, de la couverture de l'actualité chez les uns et les autres.

Pour Marc Deriez, seul pourrait être davantage menacé «un magazine comme «Télé Pocket» qui concentre son offre sur les grilles». Des inquiétudes que Patrick Weber, également rédacteur en chef de «Télé Pocket», ne partage naturellement pas: «Nos lecteurs ne lisent généralement pas de quotidiens. Et grâce, notamment, à notre faible prix et à notre format maniable, nous comptons maintenant un bon nombre de lecteurs fidèles (NdlR: un peu moins de 70000 numéros vendus chaque semaine en 2002)

Les exemples étrangers sont également là pour rassurer les magas télé. Notamment la France où les quotidiens ont déjà opéré ce virage vers le monde de la télévision. «Et cela n'a jamais provoqué la mort d'un maga télé!», s'exclame Patrick Weber. D'autant plus qu'aujourd'hui, en Belgique, plusieurs grilles de programmes sont déjà présentes dans les foyers belges. «Les toutes-boîtes, les quotidiens, les magas télé, les gratuits, Internet... les grilles sont partout», poursuit Patrick Weber. Ce ne serait donc pas l'arrivée des suppléments télé des quotidiens qui changerait fortement la donne du marché. Une tranquille assurance que les mois prochains viendront confirmer. Ou infirmer...

© La Libre Belgique 2003