Médias/Télé Portrait de la mère de la 1re victime de Merah. France 3, 22h55.  Entretien 

Le soldat parachutiste Imad Ibn Ziaten est tué d’une balle dans la tête par Mohamed Merah, le 11 mars 2012, à Toulouse. Depuis, sa mère, Latifa Ibn Ziaten, tend la main à ceux qui ont fait du tueur un martyr de l’islam. La réalisatrice Jarmila Buzkova dresse son portrait et défend son combat, dans les banlieues françaises, à Molenbeek, dans les écoles, les prisons. Latifa, une femme dans la République H H H produit par Quark Productions a reçu le prix du public au FIPA 2017.

Pourquoi avez-vous amplifié le message de Latifa Ibn Ziaten à travers ce portrait ?

Pour l’universalité de son message, plutôt rare, de tolérance et de dialogue. Pour sa capacité à ne pas s’enfermer dans la haine alors qu’il y a souffrance. Cette femme a essayé de transcender cette expérience et de la rendre positive pour la société.

Les jeunes qui ont fait de Mohammed Merah un martyr ont-il provoqué ce déclic ?

Dans un premier temps, elle a réfléchi à ce qu’elle pouvait faire pour que son fils ne soit pas mort pour rien. Elle a fondé son association. Juste après, elle s’est rendue là où il a été assassiné, puis là où habitait Merah. Elle a vu ces jeunes qui lui ont dit : regardez où on habite, on est coupé de tout, on a la rage ! Quand elle leur a dit qu’elle était la mère de la victime, elle a vu leur désarroi. Ils ont tout de suite changé de registre et se sont excusés. Elle a vu qu’il y avait une grande ignorance, qu’on pouvait établir un dialogue. Elle a trouvé un sens à son association "Imad Ibn Ziaten pour la jeunesse et la paix". Quand elle entre dans les classes, les élèves agités se taisent. Ils la sentent légitime pour porter ce message.

Elle interpelle, aussi, les parents afin qu’ils assument leurs responsabilités.

Avec elle, vous vous rendez compte que des familles émigrées ne parlent pas français. Elles sont reléguées dans les quartiers où elles se retrouvent avec d’autres émigrés qui ont déjà du mal à s’en sortir. Ils sont tellement dépassés qu’ils ne s’occupent pas de leurs enfants. Elle essaie de les secouer, avec franchise, douceur et diplomatie, sans donner de leçon.

Pourquoi porte-t-elle systématiquement le foulard, aujourd’hui ?

En raison du deuil de son fils et parce que c’est son affaire personnelle, explique-t-elle. J’ai inclus une séquence dans laquelle un jeune homme lui pose la question. Elle répond que quand elle travaillait pour l’Education nationale, pendant 24 ans, elle l’enlevait en rentrant et le remettait à la sortie. Elle dit qu’elle n’a jamais eu de problème pour vivre sa religion (NdlR : musulmane) dans la République tout en se conformant aux lois. Elle estime que la République française lui a tendu la main et qu’elle rend service à la République.

Vous occultez, dans le film, les raisons qui l’ont poussée à enterrer son fils au Maroc.

Quinze jours avant sa mort, Imad est venu chez ses parents, à Rouen, passer quelques jours de congés. Au cours d’une discussion, il dit à sa mère : si jamais il m’arrive quelque chose, je veux être entré à M’Diq. C’est le village natal de son père, là où ses parents se sont rencontrés. Il adorait cet endroit où il avait tous ses souvenirs d’enfance et de vacances. Sa mère s’en est souvenu et a respecté sa demande.

Que découvrent les élèves qu’elle emmène en Israël et en Palestine ?

Dans des établissements scolaires, le conflit israélo-palestinien pollue les relations entre les enfants. Alors, elle propose à certains d’entre eux un voyage pédagogique qu’ils n’auraient jamais pu se payer et qui leur laisse un souvenir indélébile. Ils sont accueillis dans des familles, dans des synagogues, des mosquées, des églises. Ils comprennent que le dialogue est possible au-delà de la politique. Ces enfants qui deviennent des ambassadeurs de la paix et portent ce message, c’est son héritage.