Médias/Télé

Vingt ans ! En télé, c'est un bail. Une éternité. Fort heureusement, certaines émissions passent à travers les années sans prendre une ride, comme si elles faisaient partie d'un décor auquel les téléspectateurs ne voulaient toucher à aucun prix.

Vingt ans, c'est l'âge du "19/20", le rendez-vous d'infos quotidien de France 3. Une institution dans un paysage télévisuel français qui en compte de moins en moins. Ce qui ne gâte rien, c'est que le "19/20" se porte à merveille. Voici quelques jours à peine, France 3 disait être la seule chaîne généraliste de l'Hexagone à connaître une progression de ses parts de marché depuis le lancement, en septembre dernier, de sa nouvelle grille.

Un succès expliqué, notamment, par des rendez-vous d'infos - le "12/13" et le "19/20" - rassemblant toujours un large public. Avec une part de marché de 27,2 pc pour les éditions régionales et locales de 19h et 25,6 % pour l'édition nationale de 19h30, le "19/20" réunit quotidiennement une moyenne comprise entre 3,9 et 4,6 millions de téléspectateurs.

Un pari fou

Si France 3 a retenu ce lundi 6 novembre pour fêter les 20 ans du "19/20", c'est pourtant quelques mois plus tôt, le 6 mai 1986, que la belle aventure prit forme. C'était depuis le 1er étage de la Tour Eiffel en compagnie de Ghislaine Ottenheimer et Henri Sannier. Avec un pari assez fou à l'époque : proposer, chaque jour, un grand rendez-vous de l'information une heure avant la grand-messe du "20 heures" de France 2 et TF1, le tout en traitant l'actualité à travers le prisme des régions de l'Hexagone.

Dans un recueil de témoignages publié à l'occasion du 20e anniversaire du "19/20", Hervé Brusini, directeur délégué à l'information à France 3, raconte l'incongruité du pari de 1986 : "Toutes les chaînes diffusaient des infos régionales. Mais beaucoup pensaient que c'était un boulet... Nous avions un discours assez méprisant, qui consistait à dire que si nos audiences n'étaient pas performantes, c'était parce que les régions pesaient sur nos résultats. Après l'envol du 19/20, on s'est rendu compte que les infos régionales centralisées sur une seule chaîne devenaient une bombe atomique !".

Une "bombe" derrière laquelle on trouve, aujourd'hui, une véritable machine de guerre de l'info. Les chiffres donneront sans doute le vertige aux chaînes belges, promptes elles aussi à jouer la carte de la proximité en matière d'information. Le "19/20", c'est 1586 journalistes - répartis dans 52 bureaux décentralisés - oeuvrant à la confection de 86 rendez-vous d'information quotidiens : deux éditions nationales (18h35 et 19h30), 37 éditions locales et 42 éditions régionales (sous la forme de décrochages), quatre éditions de France 3 Sat et une édition transfrontalière. On y ajoutera les éditions en langue vernaculaire (basque, occitan, catalan, provençal, corse et alsacien !).

Des visages

La profonde originalité du "19/20" est de balayer, en 80 minutes, tout le spectre de l'information. "Du coin de la rue au bout du monde", pour reprendre l'un des slogans favoris des rédactions de France 3. En résulte, sept jours sur sept, une photographie du monde et de la France à laquelle les téléspectateurs s'identifient profondément.

On ajoutera enfin, pour expliquer le succès au long cours du "19/20", le choix de présentateurs qui ont toujours eu cette faculté d'allier rigueur et charme : Paul Amar, Elise Lucet, Laurent Bignolas, Catherine Matausch, Audrey Pulvar,... Il y a des castings plus désagréables, non ?

© La Libre Belgique 2006