Médias/Télé

Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a décidé de suspendre pour trois semaines en juin la publicité dans l'émission Touche pas à mon poste (TPMP), ainsi que 15 minutes avant et 15 minutes après sa diffusion, selon un communiqué publié mercredi.

Cette mesure sanctionne deux séquences diffusées en novembre et décembre 2016 dans l'émission phare de la chaîne C8 présentée par Cyril Hanouna.

Pour l'une il était reproché à l'émission de véhiculer des préjugés sexistes et pour l'autre de porter atteinte à la personne humaine.

On le sait : les recettes publicitaires constituent un enjeu très important pour les médias. Elles deviennent essentielles lorsque, comme dans le cas de C8, les chaînes sont diffusées gratuitement. Evidemment, le manque à gagner d'une telle mesure est conséquent. Selon une source qui s'est confiée à l'AFP, C8 perdrait entre 1,5 million et 2 millions d'euros dans l'affaire.

Le Figaro cité par le Huffington Post estimait quant à lui que TPMP rapportait entre 200.000 et 250.000 euros par jour grâce à la publicité. Si l'on fait le compte pour trois semaines, le chiffre devient astronomique : entre 3 millions et 3,75 millions d'euros.

Une perte d'autant plus problématique que l'émission d'Hanouna représente la moitié des revenus publicitaires de la chaîne...

C8 réagit

La chaîne C8 (groupe Canal+) a jugé jeudi "disproportionnée et discriminatoire" la double sanction du Conseil supérieur de l'audiovisuel, qui relève selon elle d'un "acharnement", et assure qu'elle prendra "toutes les mesures juridiques appropriées".

"Ces sanctions, qui visent à priver de ressources publicitaires l'émission phare de la chaîne pour une durée de trois semaines, frappent par leur caractère disproportionné et discriminatoire" et "témoignent du traitement inéquitable dont +Touche pas à mon poste!+ est victime de la part du CSA, alors que de nombreuses séquences problématiques diffusées à la télévision et à la radio ne font quant à elles l'objet d'aucune réaction", a réagi la chaîne dans un communiqué.


Le communiqué complet du CSA:

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel a prononcé aujourd’hui à l’encontre de C8 deux sanctions, concernant des séquences diffusées dans l’émission « Touche pas à mon poste », lui interdisant de diffuser des séquences publicitaires pendant cette émission, ainsi que 15 minutes avant et 15 minutes après sa diffusion. Cette sanction s’applique aux émissions en direct comme à leurs rediffusions pour une durée totale de trois semaines au cours du mois de juin.

La première sanction concerne une séquence présentée le 3 novembre 2016 durant laquelle ont été diffusées des images tournées en caméra cachée montrant l’un des chroniqueurs victime d’un simulacre organisé par l’animateur-producteur de l’émission. Durant cette scène, le chroniqueur présenté comme témoin d’une agression mortelle commise par l’animateur, est sommé de s’accuser du crime et apparaît n’être informé de la manipulation que le lendemain, ce qui l’a placé dans une situation de détresse et de vulnérabilité manifeste pendant toute la durée de l’émission. Le CSA a estimé qu’en diffusant cette séquence la société C8 a gravement méconnu son obligation de faire preuve de retenue dans la diffusion d’images susceptibles d’humilier les personnes. En conséquence, une première sanction d’une semaine d’interdiction de diffusion des séquences publicitaires lui a été infligée.

La seconde sanction a été prononcée en raison d’une séquence diffusée le 7 décembre 2016 durant laquelle l’animateur de l’émission a conduit une chroniqueuse, qui avait les yeux fermés, à poser sa main sur son sexe. Le CSA a considéré que cette scène méconnaissait les dispositions de la loi du 30 septembre 1986 qui lui donnent la responsabilité de lutter contre les stéréotypes, les préjugés sexistes, les images dégradantes et les violences faites aux femmes, en particulier dans les émissions ayant un impact important sur le jeune public. En conséquence, une sanction de deux semaines d’interdiction de diffusion des séquences publicitaires a été infligée à la chaîne C8.

Le CSA, qui a multiplié en vain les avertissements à l’égard de l’émission Touche pas à mon poste, appelle la société C8 à mettre en œuvre désormais et sans délai tous les moyens garantissant le respect des règles fixées par la loi et par les stipulations de sa convention, qui sont la contrepartie de l’utilisation de la fréquence publique qui lui été attribuée gratuitement.