Médias/Télé Andrea Rawlins-Gaston réalise un film interpellant. France 2, 22 h 30.  

Mercredi, France 2 consacre une soirée au harcèlement sexuel au travail, en alliant fiction (voir ci-dessous), documentaire et débat. L’objectif est d’interpeller le téléspectateur, les pouvoirs publics, les entreprises, la société.

Le documentaire intitulé Harcèlement sexuel au travail : l’affaire de tousH H participe de cette prise de conscience.

Produit par Capa et signé Andrea Rawlins-Gaston et Laurent Folléa, ce film puissant propose un procédé original : le chroniqueur radio Guillaume Meurice soumet à un public d’actifs, un quiz, que vient éclairer, dans ses aspects juridiques, Marilyn Baldeck, de l’Association européennes contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT).

En parallèle, des victimes de harcèlement témoignent de leur expérience traumatisante, et de leur combat pour obtenir réparation.

Andrea Rawlins-Gaston, quel est le point de départ de ce film ?

C’est la plainte pour harcèlement déposée par plusieurs femmes contre l’ex-député de Paris, Denis Baupin, il y a plus d’un an. Pour la première fois en France, elles donnaient un visage et une voix au harcèlement sexuel dans le monde de la politique. Nous sommes partis de l’idée que le harcèlement existait dans tous les milieux professionnels. Et qu’il fallait, comme dans chacun de mes films manifestes - sur le viol, le harcèlement à l’école, le troisième âge et les souffre-douleur -, trouver des porte-parole pour dénoncer ce fléau, qui est encore extrêmement tabou.

La dimension pédagogique est présente.

L’objectif du film est de faire baisser notre seuil de tolérance à tous, pour que ces femmes se sentent libres de dénoncer ces faits quand elles en sont victimes. Trois Français sur quatre ne savent pas exactement ce qu’est le harcèlement sexuel au travail, selon une enquête de l’Ifop. Quand j’ai commencé ce film, j’étais loin d’imaginer que c’était quelque chose d’aussi pervers, où il est question de domination masculine, d’objectiver la femme, de l’humilier, de dégrader sa vie professionnelle, de l’anéantir. Le quiz, auquel on a soumis des hommes et des femmes entre 18 et 60 ans, propose une introspection collective. Les choses changent quand il y a un combat collectif.

Avez-vous eu des difficultés à convaincre ces victimes de témoigner ?

Pendant neuf mois avant le début du tournage, j’ai enquêté et rencontré plus d’une cinquantaine de femmes. La plupart ne voulaient pas s’exprimer, certaines n’en ayant même pas parlé à leur entourage. Certaines, cependant, m’ont dit que c’était le bon moment pour elles de regarder leur harceleur dans les yeux, d’interpeller la société, de raconter la réalité crue de ce qu’est le harcèlement sexuel.

Comme 90 % des dossiers de harcèlement sexuel au travail sont classés sans suite, et que les procédures qui aboutissent se font souvent aux prud’hommes, où les sociétés sont condamnées, mais non les agresseurs, les femmes n’arrivent pas à se réparer.

D’où l’intérêt de cette séquence finale de théâtre-forum, où l’une des victimes peut régler ses comptes face un agresseur fictif. Une vraie catharsis.

Adeline a été extrêmement courageuse, devant le public, les caméras, et elle m’a totalement bouleversée. Et elle a eu le courage d’aller jusqu’au bout de la procédure judiciaire et de faire condamner son agresseur.


"Harcelée" : les armes pour rompre le cercle infernal de l’humiliation

Après un long congé parental, Karine (Armelle Deutsch) doute de ses capacités à retrouver du travail et à faire valoir son expérience professionnelle. Par hasard, elle croise Antoine (Thibault de Montalembert), le père d’une amie de sa fille, qui lui propose un remplacement au sein de son entreprise.

D’abord prévenant, Antoine devient de plus en plus pressant au point de poursuivre Karine jusque dans sa sphère privée. Désemparée et isolée, la jeune femme ne sait pas comment réagir, d’autant qu’autour d’elle tout le monde adore Antoine…

Le travail de sape systématique, le lent et insidieux affrontement entre Antoine et Karine, ainsi que la façon dont ce dernier s’immisce dans la vie de son employée, afin de l’enserrer petit à petit tel un serpent, rendent très bien compte de l’isolement et de l’emprise psychologique à laquelle les victimes de harcèlement sexuel au travail doivent faire face.

L’interprétation tout en finesse et en fébrilité de la comédienne Armelle Deutsch lui a valu de remporter (ex æquo avec Barbara Schultz pour la fiction "Nadia") le prix de la meilleure interprétation féminine au Festival de la fiction TV de la Rochelle en septembre 2016.

Et ce n’est pas tout : le prix du meilleur scénario est venu récompenser le travail de Nathalie Kuperman, Raphaelle Roudaut et Virginie Wagon pour la fiction Harcelée HH. A travers cet exemple singulier, elle parle de la détresse de toutes les femmes agressées sur leur lieu de travail. A voir mercredi à 21 h sur France 2.KT