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"Ce changement de décor, c’est l’aboutissement d’un travail entre la forme et le fond parce que les téléspectateurs se lassent deux fois plus vite qu’avant. Ce n’est pas un gadget ou une fin en soi. C’est le fruit d’une réflexion amorcée en 2012. Ensuite, le projet n’a duré que 8 mois et tout a été conçu et réalisé en interne pour replacer le téléspectateur au centre du JT, dans une immersion à 360 degrés, dans un esprit d’ouverture et de continuité", analyse Yoann Saillon, directeur artistique de l’information de TF1.

"Il ne faut pas que ça clinque"

Hier, au JT de 13h, les changements étaient perceptibles. Le décor, d’abord, avec une nouvelle table autour de laquelle le présentateur peut circuler. Evidée, épurée, asymétrique, elle est conçue comme une continuité dans l’ouverture. Selon qu’il traitera "les news" ou "le magazine", le présentateur se placera différemment afin de donner des repères au téléspectateur. Ce décor, sur fond bleu, se décline à partir du logo tricolore du TF1. La couleur améthyste dégradée du magenta est chargée d’introduire la partie magazine avec des sujets "plus doux". "Il ne faut pas que ça clinque, que ça tambourine, mais que ça fidélise ceux qui regardent, que les rétines s’habituent. Cela se verra au bout de quelques jours, de quelques semaines. Le plus beau des effets étant celui qui ne se voit pas."

Aux 8 caméras, s’ajoute une grue capable de filmer en hauteur. L’habillage des sujets se veut plus clair, plus logique afin de recentrer le téléspectateur dans son JT. Quand l’image apparaît plein pot avec un personnage, son nom, son prénom et sa fonction se lisent au centre de l’écran. "Toutes les typos sont centrées. Cette limpidité est importante pour ne pas perdre de temps à aller chercher une info, pour que l’on ne s’éparpille pas dans des translations à gauche, à droite. C’est assez directif." Et la chaîne ne s’est pas privée de jolis effets d’incrustation - des lower-third - qui rappellent bien que nous sommes sur TF1.

"La ligne éditoriale ne bouge pas"

Autour de la table, des murs d’images, avec des photos et vidéos pour accompagner le lancement du présentateur, pour prendre le téléspectateur par la main. Certains sujets seront traités en réalité augmentée, en 3D. "D’une manière générale, tous les sujets réalisés prendront davantage en compte la lumière, la qualité de la photographie en revenant notamment à la prise de vue avec un pied. La ligne éditoriale ne bouge pas. L’artistique est juste là pour sublimer les angles, les sujets. Le défi, ce sont de nouveaux habillages sur une base commune à toutes les éditions, mais où chacune d’elle doit garder son ADN. Aux 13h et 20 h de Jean-Pierre Pernaut, Gilles Bouleau en semaine et Claire Chazal le week-end, des angles et des décors différents pour des cibles différentes."

Côté présentateur, pas de changement. Et hier midi, Jean-Pierre Pernaut présentait un JT sans sommaire précis, revenant à l’envie sur la thématique de la rentrée des classes. "Jean-Pierre connaît très très bien son public, il est dans le gymnique, dans le non-dit." Sur le fond, pas de changement donc.


Simple comme une image

Tout en images. Même si TF1 souligne la nécessité de moder- niser son JT et de recourir aux infographies pour aller vers son public, c’est bien la perte de vitesse de son rendez-vous d’info qui a entraîné cette réforme initiée en 2012. Car TF1 est l’une des chaînes qui a le plus souffert de l’érosion de l’audience l’an dernier. D’où la volonté de repartir à la conquête des téléspectateurs en variant les formats (reportages courts et dossiers plus longs), mais aussi le ton : "une minute pour comprendre" (un sujet traité sous forme d’infographie, soit, ce lundi, le mercato de football) ou "instant découverte" avec un reportage insolite (l’ultra-trail du Mont-Blanc). Une alternance qui est déjà la norme en Belgique, à la RTBF et sur RTL.

Parler clair. Pas question, pour autant, de risquer de perdre ses habitués. Gilles Bouleau accueille le public debout, dans son nouveau studio très lumineux et aux courbes "douces", mais son discours est le même : simple et direct. Quant aux sujets de fond : rentrée des classes, baisse des impôts, crise des migrants, ventes de logements, interdiction du plastique et géolocalisation. On aurait pu les retrouver dans un JT non réformé.