Médias/Télé

À SAINT-TROPEZ

Pour la onzième année consécutive, la célèbre municipalité de Saint-Tropez est «the place to be» pour les acheteurs étrangers de programmes de télévision. Moins médiatisé que le Mip cannois, le marché de Saint-Tropez - baptisé «Rendez-Vous» - est pourtant l'un des plus appréciés des chaînes internationales. «C'est devenu une étape très importante dans l'acquisition de programmes et, contrairement à Cannes, l'ambiance de travail y est à la fois très conviviale et efficace», résume Claire Colart, responsable des achats de documentaires pour le compte de la RTBF.

A Saint-Tropez, on vend et on achète 100pc français. Sous l'ombrelle de TV France International (TVFI), plus de quarante sociétés de production et de distribution françaises ont l'occasion de présenter leurs dernières créations à plus de 200 acheteurs représentant, cette année, près de 120 chaînes de télévision étrangères. «Les Rendez-Vous sont, pour nos membres, un extraordinaire accélérateur d'affaires», confie Mathieu Béjot, délégué général du marché tropézien. Depuis mardi matin, les acheteurs ont pris d'assaut la vidéothèque entièrement numérisée des Rendez-Vous. En quelques clics, ils ont accès aux 681 programmes (dont 60pc d'inédits). Tous les genres sont à l'honneur: documentaires, fictions, films d'animation, jeux et divertissements. «En 2004, on avait recensé 6000 visionnages. On estime qu'un programme visionné sur trois ou quatre est acheté», explique Xavier Chevreau, en charge des relations extérieures de TVFI. Une fois les visions terminées, les clients ont un accès direct aux producteurs et distributeurs présents durant quatre jours à Saint-Tropez.

Fictions encore à la traîne

La politique volontariste menée depuis 1994 par TVFI porte ses fruits. En une décennie, le chiffre d'affaires des programmes audiovisuels «made in France» vendus hors de l'Hexagone a pratiquement doublé, passant de quelque 60 millions d'euros en 1992 à 108,2 millions l'année dernière. Un chiffre auquel il faut ajouter les préventes (41,1 millions en 2004) et les coproductions (94,7 millions). «En 10 ans, la France s'est hissée dans le peloton de tête des pays exportateurs de programmes audiovisuels», se félicite Jean-Louis Guillaud, président de TVFI.

Les producteurs et distributeurs français sortent toutefois à peine d'une période de vaches maigres sur le plan international. Depuis 2001, les indicateurs étaient au rouge, avec une forte chute des ventes à l'étranger (-16,1pc en 2002). Pour la première fois depuis trois ans, les ventes (+3,7pc) et plus encore les préventes (+24,5pc) sont reparties à la hausse en 2004. Géographiquement, l'export français est majoritairement tiré par les pays d'Europe de l'Ouest (61pc du chiffre d'affaires). L'Italie est devenu le premier débouché, suivie de l'Allemagne et la... Belgique! Des Belges d'ailleurs très présents, cette semaine à Cannes, avec de nombreux représentants de la RTBF, de RTL-TVI et de Be tv, mais également de chaînes flamandes (nous y reviendrons dans une de nos prochaines éditions).

Fer de lance de la production française vendue à l'étranger, le film d'animation a connu l'année dernière un regain d'intérêt. C'est également le cas du documentaire et du magazine. En revanche, les ventes à l'étranger de fictions tricolores ont connu une nouvelle dégradation (-11pc). «Ce secteur souffre à l'évidence d'un manque de production nationale tant en terme de volume qu'en format adapté à l'exportation», constate Mathieu Béjot. Les dignes successeurs des «Navarro» et autre «Julie Lescaut», séries vieillottes au regard des productions étrangères, se font toujours attendre...

© La Libre Belgique 2005