Médias/Télé

D'emblée, avant même sa diffusion ce soir dans «Actuel», le document de Jean-Claude Defossé sur l'arrière-cuisine du Front national a fait du bruit. Parce que Daniel Féret, le président à vie du parti d'extrême droite francophone, a explicitement proféré des menaces à l'encontre du journaliste - «J'aurai sa peau» - dans les colonnes de «Télémoustique».

Le docteur Féret y déclare, en fulminant, qu'il était «loin d'être certain que cette émission passe». Le président du FN affirme qu'une plainte a été déposée au parquet de Bruxelles. Motif: des documents utilisés par Jean-Claude Defossé auraient été volés lors d'un cambriolage chez Michel Delacroix, avocat de Daniel Féret.

Le reportage, particulièrement édifiant, de l'impertinent Defossé a tourné à l'affrontement avec le président Féret. Il faut dire que, preuves à l'appui, le journaliste a empilé toutes les casseroles - politiques, professionnelles, fiscales, judiciaires, administratives, déontologiques....- qui traînent aux basques de Daniel Féret.

Acculé, il menace

On peut imaginer que pareille démonstration, d'autant plus éclatante qu'elle est coulée dans le béton, ne soit pas du goût de l'omnipotent président qui règne sur son parti depuis 20 ans avec une garde rapprochée de parents et de proches.

Acculé par des questions sans fard sur ses activités, ses affinités avec des nostalgiques du IIIe Reich ou ses multiples implications dans des affaires louches, le docteur Féret dément, élude avec mépris ou menace, dans le plus pur ? style des extrémistes. Chassez le naturel, il revient au galop...

Avec son style résolument personnel et très pédagogique, Defossé fait mouche. Il confronte Féret et ses amis à leurs propres mensonges, revirements et tromperies, en leur brandissant sous le nez des documents ou extraits d'interviews passées, histoire de leur rafraîchir la mémoire. Un exemple: cette photo dédicacée de Léon Degrelle à Michel Delacroix, présentée lors d'un bureau politique du parti. «Ça ne vous dérange pas?», insiste le journaliste. Gêne très passagère du député régional wallon, Charles Petitjean (transfuge libéral). Les autres (Delacroix, Sessler, Cocriamont, etc.) ne voient pas où il y aurait un problème. Mais les questions énervent: l'équipe d'«Actuel» se fait poliment éconduire par Charles Petitjean: «Vous essayez de donner une image mauvaise du FN».

Accumulation de casseroles

N'empêche: les images du conseiller communal FN à Anderlecht, Daniel Leskens, urinant sur des tombes juives près de Munich, n'ont pas été inventées. Pas plus que le résumé - non exhaustif - des condamnations de mandataires du FN: trafic d'êtres humains, recel, escroqueries, chèques sans provisions, appartenance à un groupe raciste, agression... On en passe. Jean-Claude Defossé précise qu'il existe des brebis galeuses dans d'autres partis. «Mais, proportionnellement, le FN est champion toutes catégories dans l'accumulation de casseroles».

Le document s'attarde encore sur le rapport de Daniel Féret à l'argent: l'homme n'honore pas ses factures, aligne les dettes, confond finances du parti et revenus personnels, achète une voiture privée à sa compagne avec les fonds du FN, fait retaper sa résidence secondaire du Cap d'Agde par un attaché parlementaire, accumule 200000 euros d'impôts impayés, ne paie pas ses charges de copropriété. Etc.

Tous les détails, documents à l'appui, ce soir dans «Actuel».

© La Libre Belgique 2005