Médias/Télé

PORTRAIT

Sapé comme un milord (ou plutôt comme un prince florentin puisqu'il avoue un faible pour les costumes italiens), le sourire rayonnant au milieu d'un visage poupon, le nouveau rédacteur en chef de «Trends/Tendances», Amid Faljaoui, est d'un abord plutôt agréable.

Dans l'établissement de l'avenue Louise où il nous a donné rendez-vous, son phrasé fluide et ses bonnes manières ne dénotent pas. On l'imagine aisément discourir avec les gens qui comptent dans ce pays. Et l'on se dit que cet homme-là a bien le style et le profil d'un rédacteur en chef de magazine économique.

Et pourtant, à l'écouter, on se rend compte que sa nomination n'était peut-être pas aussi évidente qu'il y paraît à première vue. Son parcours est plutôt atypique dans ce milieu. Comme sa situation personnelle d'ailleurs. D'abord, il n'a que 38 ans, ce qui aurait pu être un obstacle pour un poste de cette responsabilité, mais ce «défaut» s'est révélé en fin de compte un atout, la direction du news économique souhaitant rajeunir les cadres.

Et puis, il y a ses origines marocaines. Amid Faljaoui semble entretenir avec ces dernières une relation complexe. C'est d'ailleurs lui qui aborde cette question, tout surpris et heureux évidemment qu'un groupe flamand (en l'occurrence Roularta) ait osé mettre à la tête de l'un de ses titres les plus prestigieux un enfant de l'immigration. «Je pense que c'est un cas unique en Europe», souligne-t-il.À la question de savoir s'il se sent plutôt Marocain ou plutôt Belge (question qu'il a lui-même posée!), il répond, à la suite de l'écrivain Amin Maalouf, que «l'identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit pas par moitiés, ni par tiers ou par quarts. Je n'ai pas plusieurs identités, mais une seule qui est faite de tous les éléments qui l'ont façonnée».

L'AMÉRIQUE COMME MODÈLE

Conscient de faire partie des privilégiés, il souhaite mettre sur pied une asbl qui réunirait des immigrés qui, comme lui, ont «réussi» «au sens noble du terme»

Insiste-t-il bien. Et ce dans l'espoir de susciter des vocations chez ses frères de sang.

Si l'on en juge par son mode de vie (très sud de Bruxelles), par ses fréquentations (les milieux d'affaires le jour, des amis qui exercent pour la plupart des professions libérales le soir), par ses références culturelles (sa passion pour le jazz), et par ses destinations préférées (Paris et surtout New York, dont il apprécie à la fois la mixité des populations et l'esprit d'entreprise si cher aux Américains), ce forcené de travail (vie privée et vie professionnelle se confondent chez lui) cultive un état d'esprit qui l'amène parfois à adopter des attitudes qui en font un Européen (ou un Occidental) plus vrai que nature. Sans doute faut-il y voir le résultat d'un désir profond de s'intégrer.

Outre ses qualités intellectuelles indéniables (il fait partie des rares journalistes non exposés dont les qualités professionnelles sont unanimement reconnues), c'est sans doute son parcours professionnel éclectique qui a le plus joué en sa faveur de sa titularisation. Licencié en sciences commerciales et financières (il voue une passion à la fiscalité, dont il a d'ailleurs fait le thème d'un ouvrage qu'il vient de rédiger et qui doit paraître au mois de mai sous le titre: «Stratégie fiscale pour tous: faites de vos impôts une bonne nouvelle»), il a été journaliste indépendant pendant une bonne dizaine d'années, prêtant sa plume à des magazines («Le Vif», «Trends/Tendances» bien sûr), et, plus rarement, à des quotidiens (il a collaboré aux pages «Argent» du «Soir»).

Au cours des six dernières années, il a partagé son temps entre le journalisme et l'organisation de séminaires dans le domaine de la finance et du droit pour le compte d'une agence spécialisée, Skyroom Events.

Une expérience au cours de laquelle il a appris à gérer une équipe et, peut-être plus encore, à organiser son temps. Le «time management» est en effet un mot qui revient régulièrement dans sa bouche. Il y en a d'autres, également anglo-saxons, comme le «networking». «Le carnet d'adresse est l'arme privilégiée du journaliste, c'est grâce à ses relations qu'il pourra anticiper l'information», lance-t-il. «Je crois qu'un bon journaliste doit coucher avec son milieu, ce qui ne veut pas dire évidemment qu'il doit perdre tout esprit critique. Au contraire, il restera crédible s'il sait être piquant à l'occasion».

On peut tenter une comparaison qui vaut ce qu'elle vaut: si on le comprend bien, les journalistes sont invités à pratiquer une forme de «safe sex». Quel métier quand même!

© La Libre Belgique 2001