Médias/Télé

C'est à coup sûr l'équipe la plus improbable du petit écran belge. Une véritable troupe de théâtre, où les rôles ont été répartis avec minutie. Tous des grosses têtes du ballon rond. Du Bouvard, quoi ! Sauf qu'ici, le chef d'orchestre s'appelle Michel Lecomte, devenu au fil du temps le doyen des journalistes sportifs de la RTBF.

Dans "Studio 1", version magazine du lundi, il y a de tout. Le chef, donc, mais aussi ses acolytes aux profils éclatés. Perché au-dessus de la joyeuse bande, on trouve le plus jeune, Benjamin Deceuninck. Un vrai talent journalistique, ce gamin. Non seulement doué d'une connaissance approfondie du foot (il a été le troisième gardien de but de l'Excelsior de Mouscron sous Leekens !), mais aussi une écriture réjouissante pour les amoureux des mots. Avec Michel Piraux (quelle voix !), Benjamin Deceuninck est "le Spirou qui met les banderilles dans la corrida", résume son patron Lecomte.

Dans l'arène, on retrouve Stéphane Pauwels, l'électron libre qui navigue entre primeurs glanées au bord des terrains (il voit quatre matches par semaine !) et provocations (joueur, il aurait déjà pris quelques cartes rouges !). En face de Stef, on trouve "le" professionnel du service des sports (Rodrigo Beenkens) et le consultant introverti (Benoît Thans). Il y a encore Alex (Charlier) et sa revue de presse subjective, David Steegen et son amour romantique du beau football, sans oublier Pader et les invités finement sélectionnés.

"Des balles en caoutchouc"

Le cocktail aurait pu rapidement s'avérer explosif. Pourtant, un an après l'entrée en scène du petit théâtre de Studio 1 en "prime time" sur La deux, le breuvage a pris de la saveur. "Je suis assez content. Même très content, car le prime était une arme à double tranchant compte tenu des programmes offerts le lundi sur La une et les chaînes concurrentes", analyse Michel Lecomte. Chaque lundi, Studio 1 flirte avec les 10 pc de part de marché et une moyenne de 120 à 140 000 téléspectateurs (hors rediffusions).

La satisfaction dépasse cependant le seul critère de l'audience. "Dans toute ma carrière de journaliste sportif, on m'avait rarement autant parlé d'une émission. Elle suscite beaucoup de réactions", se réjouit M.Lecomte. Le choix éditorial n'est pas étranger à ces réactions. Rompant avec la tradition d'émissions footballistiques consensuelles (où l'objectif est de ne pas heurter le monde du ballon rond, au risque de se couper de ses sources...), Studio 1 a fait le pari audacieux de mêler expertise, divertissement et impertinence. "Au début, se souvient Michel Lecomte, le milieu du foot belge a été perturbé. Il a fallu un certain temps avant qu'on comprenne notre démarche. Car s'il nous arrive en effet de flinguer, c'est avec des balles en caoutchouc et, surtout, un droit de réplique". Au sein même de l'équipe de Studio 1, la personnalité frondeuse de Stéphane Pauwels a également créé des tensions (Thans et Beenkens en savent quelque chose). "Les frottements se sont dissipés au fil des émissions. Chacun assume désormais son rôle. On est vraiment dans le bon", soutient le patron.

Pour le reste, Michel Lecomte ne désespère pas de trouver une "chroniqueuse atypique" qui viendra bousculer les certitudes machistes de son équipe. Avis aux amatrices car, pour l'instant, il ne trouve pas... A la reprise de l'émission, le lundi 21 janvier, Studio 1 bénéficiera d'une rallonge de dix minutes, ce qui ne sera pas un luxe vu le vivier de sujets et d'images en possession de la RTBF. Sinon, le mot d'ordre est "on ne change pas une équipe et une formule qui gagnent".

Succès assez paradoxal, en fin de compte, au regard des critiques virulentes qui s'abattent sur le championnat belge... "C'est vrai qu'il y a un certain déclin. Mais, pour le public, le foot belge continue à se vivre à la télévision. En outre, il y a eu un saut qualitatif dans la production des matches", explique M.Lecomte. Lequel livre deux ultimes confidences : le Standard sera champion ("à condition que la meilleure équipe soit effectivement couronnée...") et Malki, l'attaquant du GBA, est son "coup de coeur" de la première moitié du championnat. Ce Lecomte a du goût !