Médias/Télé

Un film captivant interroge passé et futur du Rwanda. La Une, ce mardi, 22 h 25

Ordre, discipline et essor économique. Lorsque l’on découvre la réalité rwandaise, en arrivant dans la capitale Kigali, la médaille semble très attirante sous le soleil. Mais toute pièce a son revers et celui-ci inquiète presque autant que la première face brille. Une démographie galopante, des disparités énormes entre villes et campagnes et ce passé traumatique semblable à un amas de brindilles qu’une étincelle suffirait à enflammer...

Le film Inkotanyi*** part d’un constat : 98,2 % des Rwandais ont plébiscité Paul Kagame pour un troisième mandat présidentiel en août dernier. La nouvelle inquiète la communauté internationale qui pointe des médias sous surveillance où l’autocensure reste pratiquée au plus haut degré, en souvenir des dérapages du passé.

Une histoire entre exil et guerres

Le président Kagame a pour lui les progrès réalisés par son pays : stabilité, sécurité alimentaire, essor économique, place des femmes au Parlement, etc. Son autoritarisme et ses scores électoraux sans partage, depuis son accession à la présidence en 2000, sont contrebalancés "par une réelle popularité garante d’une stabilité qui a longtemps fait défaut au pays. Kagame gère son pays comme une entreprise qui n’a pas droit à l’erreur". Il apparaît "comme le garant d’une unité nationale qui a failli plus que nulle part ailleurs". En réalité, note Christophe Cotteret, "le pouvoir au Rwanda ne peut pas se permettre la moindre crise en interne, qui l’affaiblirait, alors que le Burundi s’embrase et que le Congo, son autre voisin, tangue dangereusement".

Pour mieux expliquer les choix et la direction imposés à la population depuis fin 1994, le documentariste choisit de retisser les fils de l’histoire rwandaise. Un récit qui s’enracine dans l’exil de la minorité tutsie (1959) et une division sociale et ethnique longtemps entretenue et attisée par des pouvoirs étrangers. Remontant aux sources du génocide de 1994, ce documentaire relate aussi une ascension : celle de Paul Kagame, jeune stratège discret mais extraordinairement efficace, alors chef adjoint du renseignement ougandais. Pays dans lequel comme beaucoup d’autres Rwandais, Kagame avait trouvé refuge avec sa famille.

Le documentaire est bâti sur base d’une longue interview du président rwandais mais aussi de différentes personnalités de son ex-état-major au sein du FPR-Inkotanyi : Denis Polisi, James Kabarebe, Tito Rutaremara. Sans oublier les témoignages du général Paul Rwarakabije, ancien officier supérieur du président Habyarimana ou ceux du président ougandais, Yoweri Museveni.

Enquête sur une tragédie inédite

Etayé par de précieuses images d’archives, le film retrace l’histoire de ce mouvement politico-militaire à la base du futur Etat rwandais. Depuis les premières tentatives de retour d’exil, en 1990, jusqu’aux guerres du Congo des années 1997 et 1998. Un récit complété par le point de vue de journalistes, mais aussi d’historiens et observateurs français tels Gérard Prunier ou Rony Brauman, ancien président de MSF.

Christophe Cotteret ne cache pas sa "sympathie" pour le peuple rwandais mais n’élude pourtant pas la stratégie de la terreur utilisée par Kagame pour empêcher le pays d’entrer dans le cycle de la violence et de la vengeance juste après le génocide.

On pourrait considérer ce film comme une formidable "entreprise de justification" mais il pose les bonnes questions : celle de l’attitude à adopter lorsque l’on doit affronter l’une des plus grandes tragédies humaines et l’un des plus grands fiascos humanitaires du XXe siècle. Il interroge le rôle de la France, celui de l’Onu et pointe les responsabilités côté français et côté rwandais.

On regrette cependant que Christophe Cotteret ne se soit pas davantage penché sur les contours de ce qui est souvent considéré comme le "miracle économique rwandais". Cela mériterait un sujet à part entière et permettrait de sortir d’une analyse du pays des Mille Collines sous le prisme unique, et forcément réducteur, de l’homme providentiel.