Médias/Télé "J'ai toujours voulu travailler dans la musique". Avec ses petites lunettes et son costume sombre, Gregory Finn dégage une image plus sérieuse qu'on ne s'y attendait. Si Fun Radio Belgique cartonne aujourd'hui dans les sondages, réalisant une des plus belles percées dans les taux d'audience de la bande FM, malgré l'une des plus faibles couvertures, c'est grâce à lui.

L'expérience du jeune patron (il vient de fêter ses 40 ans) est intéressante à plus d'un titre. Non seulement elle confirme que le hasard n'est pour rien dans la réussite de sa chaîne. Mais elle lève également le voile sur une personnalité discrète, occultée par l'image forte de son réseau, jeune et impertinent.

«Ma formation? Histoire de l'art et archéologie, sous-section musicologie. Pour le reste, j'ai toujours été actif au sein de chorales dites classiques. J'y suis arrivé d'ailleurs par la variété et le rock. Je jouais également autrefois de plusieurs instruments: guitare basse, violoncelle,» Pour Gregory, tout commence vraiment par un service civil dans une boîte de production vidéo spécialisée dans la formation et l'éducation permanente. «En 1988, on est venu me chercher pour m'occuper de radio Microclimat». Une «petite» bruxelloise dont peu de monde se souvient sans doute aujourd'hui, mais qui permet au futur spécialiste d'affûter ses premières armes. «A l'époque, les conditions de travail étaient très difficiles. Tout était cadenassé. Ma mission consistait à tenter de récupérer une marge d'autonomie sans laquelle on ne pouvait rien envisager». Gregory en est convaincu, en démarrant si tard (après le mammouth Contact, par exemple, qui à l'époque occupe déjà pas mal de terrain), il doit trouver à la fois une programmation et un public cible différent de ce qui se fait ailleurs.

SAGE CHEZ LES SAGES

Et c'est là que lui vient la plus sage de ses idées: aller apprendre auprès des spécialistes, puiser le savoir-faire de ceux qui savent. «J'ai donc rencontré pas mal de responsables de réseaux français, pour porter mon choix final sur Fun. Son contenu me semblait intéressant et, en tout cas, le plus libre des radios qu'on appelle aujourd'hui privées».

Nous sommes en 1989. Le réseau français a désormais une vitrine chez nous. Mais pour ses initiateurs, rien n'est gagné pour autant. «C'est vrai qu'au départ, on a eu l'impression que les Français n'étaient pas nécessairement convaincus» Première émission le 1er mai 1990. «Et, assez vite, naît la conviction qu'on est dans le bon. Le ton est tout à fait nouveau, le choix de programme judicieux».

De fait, la bande FM bénéficie alors d'un vent inconnu jusque-là. Un an plus tard, Arthur débarque sur le réseau français. Son émission, reprise sur la Belgique, fait bénéficier Fun d'une notoriété exceptionnelle. «N'empêche Le marché publicitaire reste encore frileux». Il faut attendre 1994 pour parler de réel réseau. Plusieurs stations diffusent désormais un ensemble identique de programmes depuis les principales grandes villes. Et les productions belges s'étoffent pour atteindre les treize heures quotidiennes actuelles.

Ses comptes, l'administrateur délégué les rend à trois actionnaires: les radios Fun Belgique (Bruxelles, Liège, Namur, Charleroi et Mons-La Louvière), actionnaires à 50 pc, Fun France (25 pc) et Radio Contact (les 25 pc restants).

POLYVALENT

«J'ai d'abord dû apprendre à apprendre. Parce que j'ai découvert mon métier sur le terrain».

Un métier qui fait autant appel à des notions commerciales que juridiques ou techniques. «La charge de travail est énorme , reconnaît-il, c'est du sept jours sur sept. Mais cela reste agréable. J'aime faire des choses différentes, être confronté à des situations inconnues et devoir trouver des solutions». Et le stress? «Peu importe, répond le chef de file, quand le plaisir est là»

Comme toutes les autres, l'équipe de Fun (une septantaine de salariés en tout) est aujourd'hui dans l'attente du fameux plan de fréquences. Ce qui ne laisse au patron que peu de répit. Juste assez pour emmener son fils de huit ans skier et rester très attentif à ce que proposent ses concurrents.

Sa responsabilité, il la prend très au sérieux. «Je ne resterai peut-être pas là toute ma carrière. Mais dans la radio, sans doute. J'aimerais assez développer un réseau à l'étranger, par exemple» En attendant, il veille sur ses troupes. «C'est très important pour moi que chacun se sente bien dans la position qu'il occupe». Proche de son personnel et assez peu protocolaire, Gregory Finn peut néanmoins se mettre en colère tout rouge, en cas de non rigueur par exemple. «Tout le monde peut faire des erreurs. mais plusieurs fois la même, j'ai du mal à supporter Le truc, ici, c'est la rigueur. L'auditeur doit avoir l'impression que l'animateur est les doigts de pied en éventail sur sa console, mais en fait, ils perlent des gouttes car ils doivent suivre des schémas très précis». Des professionnels, quoi!

© La Libre Belgique 2001