Médias/Télé

Alors qu'une ère nouvelle s'ouvre à la RTBF, il n'est pas inutile de jeter un oeil au Nord du pays. La VRT vient en effet de vivre ses mois les plus fastes depuis la perte de son monopole, en 1989. L'an dernier, la chaîne publique - devenue largement autonome - a décroché une part de marché impressionnante de 33,5 pc, la meilleure depuis la fin des années 80. Et en janvier 2002, ce plafond a déjà été dépassé avec un score grimpant à 36,6 pc pour 33,2 pc à VTM et Kanaal 2. La part de TV 1 dans ce succès de la VRT était respectivement de 25 et 28,4 pc, celle de Canvas/Ketnet de 8,5 et 8,2 pc.

Pour mesurer le `phénomène VRT´, il faut se rappeler qu'en 1995, la chaîne publique avait touché le fond avec 22,6 pc de parts de marché. L'existence même de ce service public avait alors été remise en question. Pour sortir de l'ornière, Eric Van Rompuy (CD&V), alors ministre en charge des Médias, avait fait table rase. Bert De Graeve fut désigné administrateur général. Et un contrat de gestion `serré´ fut conclu. Avec des résultats attendus à plus ou moins court terme.

ENTRE RIGUEUR ET OUVERTURE

Résultat? Depuis cinq ans, la VRT ne cesse de progresser. Cette réussite est due à un cocktail subtil fait de rigueur en matière d'information et de créativité en matière de divertissements, de productions `maison´ et de collaborations extérieures, d'ouverture internationale et de replis très flamand. Le tout conditionné à des objectifs précis en termes d'audience. Exemple? Le contrat de gestion imposait que les programmes d'informations touchent chaque jour un million et demi de téléspectateurs. Ce contrat est rempli depuis trois ans.

Au fil du temps, un certain nombre de formules se sont imposées. Ainsi, les facéties de la maison de production Woestijnvis ont pris l'habitude de cartonner. Ce printemps, le sémillant Rob Vanoudenhoven va d'ailleurs remettre le couvert avec `Via Vanoudenhoven´, une émission au cours de laquelle il aidera certains `bekende Vlamingen´ à rencontrer la personnalité de leur choix à l'étranger. D'autres programmes sont devenus des rendez-vous incontournables et seront renouvelés ces prochains mois: la série judiciaire `Recht op recht´, le docusoap `Luchthaven´ dans la foulée de la faillite de la Sabena, `De Leukste eeuw´, `Gentse waterzooi´, `Dierendokters´, `Biebabeloela´ sans oublier `FC De Kampioenen´.

Si les émissions populaires ne sont pas absentes du menu de la VRT, on peut aussi en partie expliquer son succès par une belle répartition des rôles. Ainsi, les chaînes Canvas et Ketnet ont-elles su faire leur place au soleil, l'une en présentant des programmes - politiques, notamment - de grande qualité, tandis que l'autre touchait un tiers du public des 4-12 ans.

Désormais, la VRT entend plus que jamais développer ses spécificités: rigueur et qualité de l'information, originalité des sujets, conquête d'un public jeune... Des moyens financiers supplémentaires ont été prévus dans le cadre du nouveau contrat de gestion. Et tant le nouveau journal télévisé de TV 1 que la version améliorée de `Ter Zake´ semblent, à première vue, répondre aux attentes du public.

UNE ÉTUDE SUR LE FINANCEMENT

Cette nouvelle offensive ne pouvait laisser insensibles les responsables des chaînes privées, dans un contexte flamand où la guerre des médias fait rage. Ensemble, Christian Van Thillo (VTM et Kanaal 2) et Patrick Tillieux (VT 4) ont rué dans les brancards. Cible de leurs critiques: le `double flux d'argent´

permettant à la VRT d'obtenir de tels succès, à savoir les subsides publics et les revenus commerciaux. Dans le cadre du nouveau contrat de gestion, tous deux avaient déjà exercé un lobby considérable afin d'obtenir un plafonnement des recettes de la publicité. Résultat? Une barre fixée à 37,2 millions d'euros largement insuffisante aux yeux du privé.

Pour tenter de se sortir de ce mauvais pas, le ministre des Médias Dirk Van Mechelen (VLD) vient de commanditer une étude consacrée au financement des chaînes publiques dans différents pays européens. Histoire d'objectiver la réflexion. Quitte à revoir le contrat de gestion, si nécessaire?

© La Libre Belgique 2002