Médias/Télé Doc Benoît XVI est le premier pape à avoir saisi l’ampleur du drame. Arte, 20h50. 
 

Jean-Paul II, canonisé en 2014, a largement ignoré les accusations de pédophilie dirigées contre l’Eglise. Originaire d’un pays communiste, il se refusait à y croire. Les dirigeants polonais colportaient sans cesse des allégations calomnieuses à l’égard du clergé dans le but de le discréditer. Pour lui, ce n’étaient que des attaques mensongères, une forme de diffamation qui ne reflétait pas la réalité, comme l’explique ce documentaire italien de Jesus Garces Lambert.

Vatican au-dessus de la justice civile

Le réalisateur de "L’argent du Vatican", diffusé sur Arte, avait déjà mené l’enquête sur les sales affaires de blanchiment d’argent et de comptes secrets destinés à étouffer les accusations de pédocriminalité, au sein du Vatican. Des comptes opaques que le pape François a pour mission d’assainir.

Benoît XVI est le premier à avoir compris l’ampleur du problème et à avoir engagé de vraies réformes. Il a pris connaissance des témoignages des victimes. Il en a été horrifié. "Les pédophiles seront exclus du ministère sacré", menace-t-il dès 2008. Il a été le premier pape à entreprendre de débarrasser systématiquement le clergé des auteurs d’abus sexuels sur mineurs : "tolérance zéro". En 2014, François affirme sa volonté de poursuivre le travail de son prédécesseur : "Sur cette question, il n’y aura pas de ‘fils à papa’. Un prêtre qui commet un tel acte trahit le corps du Seigneur. C’est extrêmement grave. On pourrait comparer cela à une messe noire", ose-t-il en 2014.

L’Eglise enfin poussée au changement

On attend alors de lui qu’il mette en place un dispositif de sanction contre les évêques ayant couvert des abus. Des évêques sur la sellette puisqu’en droit canonique, ils peuvent choisir ou non d’ouvrir une enquête en cas d’allégation d’abus sur mineurs. De fait, les abus continuent d’être cachés partout dans le monde.

Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe de "La Croix", a suivi le Vatican durant quatre ans : "J’ai pu mesurer les limites d’une administration romaine réduite à 4 000 personnes et peu performante. Le Vatican ne peut s’ériger en police du monde catholique et de ses 1,2 milliard de croyants. L’Eglise ne change jamais d’elle-même. Seules les victimes la poussent à évoluer. Et l’institution catholique a du mal à considérer que les victimes la constituent aussi."

En France, aux Etats-Unis, en Argentine, en Italie, Jesus Garces Lambert mène l’enquête avec John Dickie, auteur de l’excellent documentaire "Le Pape et la mafia", également diffusé sur Arte.

Pédagogue, animé d’un véritable esprit de synthèse, il ne se contente pas de relater une multitude d’abus sexuels en partie méconnus. Son enquête explore également les mécanismes qui poussent l’Eglise à "laver son linge sale en famille". Des familles catholiques ne permettent pas à leurs propres enfants, abusés sexuellement, de dénoncer le prêtre, figure sacrée. Un documentaire édifiant suivi d’un entretien, à 22h15, mené par Emilie Aubry.