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C’est de manière totalement fortuite qu’a été découvert le plus important scandale d’espionnage de l’après-guerre en Belgique. Des employés logistiques chargés de vérifier les téléphones du Juste Lipse, le siège du Conseil européen, se rendent compte, à cette occasion, que l’un d’entre eux est raccordé à un câble supplémentaire par rapport au raccordement standard.

Le service de sécurité alerté découvre que celui-ci relie le téléphone à une boîte noire cachée à l’intérieur d’un mur. Après de plus amples recherches, d’autres dispositifs similaires sont découverts. Les délégations française, allemande et espagnole sont sur écoute depuis la création du bâtiment.

Responsabilité étouffée

Les responsables ? Les soupçons se tournent rapidement vers la société israélienne Converse, chargée par les autorités belges d’installer les systèmes de traduction d’un Juste Lipse fourni clef sur porte à l’Europe. Converse a, par ailleurs, déjà été poursuivie aux Etats-Unis pour espionnage.

Comment la Belgique a-t-elle pu confier ce type de marché à une société autre que belge ou européenne ? Une véritable faute professionnelle qui embarrasse tant les autorités européennes que notre gouvernement. Celui-ci craint un déménagement des institutions européennes à la suite de cette bévue. Résultat, aucune responsabilité n’est pointée et l’histoire termine plus ou moins étouffée.

Bruxelles est également le siège de l’Europe et de l’Otan, représentant en cela un véritable enjeu stratégique. Nombreux sont donc les services de renseignement étrangers à l’œuvre dans notre pays.

Preuve en est encore donnée en 2013 quand éclate un deuxième scandale du même type. C’est, cette fois, le Parlement européen qui est visé par le biais de Belgacom qui a été victime d’une cyberattaque. Si c’est la très américaine National Security Agency (NSA) qui est, dans un premier temps, soupçonnée, il semblerait, au final, que ce soient les services secrets britanniques qui ont agi pour le compte des Etats-Unis.

Plus grave, les services de renseignement belges auraient été au courant des écoutes, mais auraient choisi de fermer les yeux afin de préserver les bonnes relations qu’ils entretiennent avec ces services.

Malgré une forme pas particulièrement léchée, Bruxelles : nid d’espions (La une , 22h10) de Jérôme Jurion et Araz Gulekjian se savoure comme un roman d’espionnage… à la belge. Il a, de plus, le bon goût de poser une question de fond. "Les services de renseignement belge et étrangers ont-ils aujourd’hui le droit de violer les libertés et de s’affranchir des lois de notre territoire en toute impunité ?"