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L'horreur judiciaire. Le cauchemar. Le gâchis absolu. Odile Marecaux, Daniel Legrand, Pierre Martel et Christian Godard font partie des sept personnes acquittées au procès de pédophilie d'Outreau. En septembre 2004, ils ont été reçus par le Garde des Sceaux Dominique Perben, lequel a reconnu ainsi la lourde faute de la justice dans ce dossier. Une bien maigre consolation pour ces hommes et ces femmes, accusés à tort d'avoir violé des enfants d'un quartier défavorisé de la petite ville d'Outreau, dans le nord de la France. Ils ont été littéralement volés de trois années de leur vie!

Devant la caméra de Danièle Alet, ils témoignent aujourd'hui de ces mois de souffrance, d'humiliation, de descente aux enfers. Trois d'entre eux ont été arrêtés le 14 novembre 2001. Ils avaient été dénoncés par des habitants de la Tour du Renard à Outreau, eux-mêmes accusés de pédophilie. Présentés comme des «notables pédophiles», Odile, infirmière scolaire, Daniel, serrurier, et Pierre, chauffeur de taxi, ont accumulé à eux trois 27 mois de détention provisoire ! Sur la seule base d'accusations mensongères, de rapports d'experts extrêmement légers, ou d'une parole d'enfants largement surévaluée. Au final, une vaste erreur judiciaire aux consé- quences dramatiques: des familles et des couples brisés, des galères financières et d'immenses dégâts psychologiques. De loin, Odile observe la maison où elle a vécu heureuse avec son mari et ses trois enfants: un bonheur parti en fumée. Aujourd'hui en instance de divorce, elle habite la Bretagne et tente, tant bien que mal, de se reconstruire. Comme Christian, le «mari de la boulangère», qui a échappé de peu à la rue. Quant à Daniel Legrand, le fils du serrurier (qui porte le même nom que son père), il est toujours sous le coup d'une condamnation et le supporte très mal. Outreau, outrage à innocents * , diffusé dans la case «Passé sous silence», sur

France 3, samedi à 22h55, vaut surtout pour la force de ses témoignages. On regrettera peut-être que des mises en situation aient été provoquées pour le documentaire, de manière à faire surgir une émotion. Ce qui n'était pas réellement utile étant donné l'aspect déjà dramatique de cette affaire hautement injuste. De tout cela se dégage en tout cas une grande crainte devant un système judiciaire bancal, qui apparaît ici comme une «machine à broyer les humains». (

C.G., à Paris)

© La Libre Belgique 2005