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En 1956, les marques de la Shoah sont encore vives dans les esprits, les corps, le quotidien des rescapés des camps. Léna est l'unique survivante d'une famille de Juifs polonais. Accablée par le poids du passé, elle ne se sent pas la force de vivre son présent, d'assumer sa responsabilité de mère. Lorsque son mari, maroquinier, part trouver du travail à Lyon, elle décide de confier sa fille Alice à une famille adoptive.

Yvette (Anny Duperey) et Maxime (Michel Aumont) Duval ont caché beaucoup d'enfants juifs pendant la guerre. Ils ont même adopté Lisa qui a aujourd'hui 14 ans. A l'occasion, ils font encore office de famille d'accueil. De son côté, Tania Lévi (Florence Pernel) est à la recherche de sa fille, qu'elle croyait morte jusqu'il y a peu.

Avec une sensibilité rare, Daniel Jeanneau mêle d'étranges destins dans Une vie en retour ** (

France 2, 20h50). Destin des mère. Destins de jeunes filles, à la fois proches et distantes, qui vont devoir s'apprivoiser.

La vie a de ces ironies!

Claire souffre d'être délaissée par sa mère, tandis que Lisa n'ose mettre de visage sur sa mère biologique. Elle s'est attachée à Yvette qui, elle-même, n'a pas pu avoir d'enfants.

Réflexion sur la maternité, la famille, l'absence, la rupture, la peur, et la reconstruction après le chaos, ce téléfilm offre une belle partition aux comédiens, adultes ou non. Daphné Baiwir, en particulier, incarne une Alice pleine de malice, une enfant qui n'a jamais sa langue en poche, et bouscule tout le monde avec sa sincérité. «Je me fiche de recevoir des fautes d'orthographe. Ce que je veux, c'est des lettres de ma mère», balance-t-elle à sa maman qui ne répond jamais à son courrier.

On retiendra aussi cette scène où elle découvre les délices du bain. Plaisir aussitôt gâché par le départ de ses parents, qu'elle n'a pas entendus à cause de l'eau qui s'écoulait.

Ce téléfilm est plein de ces petits bonheurs ternis par les fausses notes de l'existence. Ces scories que l'on ne peut toujours gommer au moment où on le souhaite. Ce goût un peu amer du regret et de l'impuissance, qui donne davantage de sel ensuite aux moments paisibles, harmonieux, rapidement retrouvés ici, vocation familiale oblige. (

C.G., à Paris)

© La Libre Belgique 2005