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En juillet 2000, à Givet, Cellatex, usine classée «sévéso» est mise en liquidation judiciaire après la fuite de son patron. Nous sommes à la veille des vacances, les ouvriers qui n'ont pas été prévenus, ni payés, se retrouvent du jour au lendemain sans travail ni interlocuteur dans une région gravement touchée par le chômage. Prenant prétexte de la fuite du patron, les autorités locales font la sourde oreille et se renvoient la balle, laissant les ouvriers sans espoir: «il n'y a ni société-mère, ni patron pour financer votre plan social, on ne peut pas créer de solution miracle.»

Face à eux, une équipe soudée par des années de déclin économique local, ayant déjà accepté suppression des primes, baisse des salaires et même heures supplémentaires non rétribuées pour sauver «leur» usine. Prenant conscience du désintérêt général, les ouvriers brandissent la menace de tout faire sauter: «si on n'avait pas eu nos produits dangereux, on aurait pu crever, y'aurait eu personne pour nous écouter.» Dans une usine classée Seveso, des ouvriers poussés à bout forment «un sacré détonateur» que Vincent Guérin (Bernard-Pierre Donnadieu) tente de canaliser au mieux... La fiction proposée ce samedi à

20h50 par France 3 est un véritable thriller social, une oeuvre remarquable, couronnée du Fipa d'argent au Festival de Biarritz, le Fipa d'or d'interpréta- tion masculine ayant aussi été attribué à Bernard-Pierre Donnadieu, l'acteur principal (photo). Pour tout dire, ceux qui ont découvert Jusqu'au bout*** en janvier dernier attendaient avec impatience sa diffusion sur le petit écran. Parce que le film de Maurice Failevic est fort, juste et dense, que sa fable sociale est profondément humaine et interpellante. Parce que le conflit qu'elle évoque est vrai et qu'une partie de ceux qui l'ont reconstitué pour le grand public sont les véritables protagonistes du drame.

Choisissant un drame social à la Ken Loach, Maurice Failevic a fait le pari de le rejouer là où il a eu lieu (l'usine désaffectée sert de décor au film) avec les ouvriers qui en ont été les premiers acteurs. Créant une équipe mixte (acteurs et ouvriers), il parvient à en souligner, sans artifices ni pirouettes, la dimension dramatique exceptionnelle, l'incroyable tension et le suspense nés de l'occupation de l'usine.

(K.T.)

© La Libre Belgique 2005