Médias/Télé

En 1773, quelque part en France, Madame de Solar (Claire Borotra) aristocrate bon teint, excédée par une ultime scène gênante en présence de ses invités, décide d'éloigner du château son fils Guillaume, adolescent né sourd et muet.

Recueilli, au terme de longs errements et placements en hospice, par l'Abbé de l'Épée, le jeune garçon découvre un quotidien fait de soins attentifs, d'écoute et d'amour. Ulcéré des mauvais traitements réservés à ces enfants "à qui il ne manque même pas la parole", puisqu'il leur enseigne le langage des signes, l'abbé décide de rechercher la mère du jeune garçon et de lui intenter un procès retentissant qui devra servir d'exemple aux autres parents maltraitants !

Optant pour une caméra très subjective, Serge Meynard filme avec des touches expressionnistes les pensées tourmentées et désirs frustrés de tous ces enfants rendus doublement muets par le fait qu'on leur dénie le droit d'avoir voix au chapitre. Considérés comme débiles, sauvages ou idiots, à l'époque, ils étaient abandonnés, souvent maltraités, exploités ou confiés à des hospices qui les rangeaient négligemment parmi les "malades incurables". La mère de Guillaume ne s'en cache d'ailleurs pas et reconnaît qu'elle avait peur que son fils ne contamine sa petite soeur. Elle a donc fait le choix de l'éloigner pour mieux la protéger.

L'enfant du secret (la deux, 20h30) est l'histoire douloureuse de cette femme acculée à devenir une "mauvaise mère" et celle, tragique, de son enfant d'abord aimé puis renié, un téléfilm scénarisé par Patrick Laurent et Alicia Alonso.

On regrettera quelques passages trop démonstratifs et quelques lenteurs inutiles mais on ne pourra que louer l'interprétation de Michel Aumont, sobre mais très convaincant dans le rôle de l'Abbé de l'Épée qui fut le premier à systématiser le langage des signes et à permettre aux sourds-muets de retrouver une "parole". De même, on ne peut négliger la performance de Joshua Julvez, jeune garçon touchant et très expressif. Bien au-delà des mots. (K.T.)