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C'est Mobutu lui-même qui aurait introduit le ver dans le fruit. Désireux d'affaiblir l'influence de l'Eglise catholique qui, selon lui, appuyait trop fermement la demande populaire de démocratisation, il se met à soutenir les "Eglises de guérison" en leur distribuant autorisations et subsides. Croisements hybrides de pentecôtisme et de croyances traditionnelles, ces Eglises sont dirigées par de nouveaux pasteurs qui se présentent comme des prophètes ou messies capables de réaliser des miracles.

Dans Marchands de miracles (Arte, 22h50), le réalisateur belge Gilles Remiche suit donc quelques-uns de ces hommes qui ont fait de la Parole leur pain quotidien, au sens propre et figuré. Et l'on voit comment, à force d'arpenter les rues de Kinshasa, certains ont acquis une notoriété telle qu'elle leur a permis de bâtir des églises, d'acheter de beaux costumes et d'imposants véhicules.

"La Parole peut t'élever. La Parole peut t'emmener en Europe. La Parole peut te rendre milliardaire !", promettent-ils à tout va. Fragilisée, déboussolée et soumise aux affres de l'insécurité et de la maladie, une large frange de la population congolaise ne demande qu'à les croire et fait pleuvoir sur leurs têtes les petites coupures.

D'inspiration américaine, ces Eglises utilisent le truchement de la radio et de la télévision pour multiplier les prêches et les conversions, encourageant leurs fidèles à verser la dîme qui ouvre les portes du salut... "L'Evangile amène la prospérité", affirme Denis Lessie, qualifié par ses proches d'"attaquant de pointe, ambassadeur de Jésus-Christ". Et lorsque les fidèles le voient arriver, ils n'en peuvent pas douter... Sans aucun commentaire, avec doigté et une caméra pleine de retenue, Gilles Remiche s'immerge dans une réalité connue de tous et confesse ces grands hommes que l'on aurait tort de sous-estimer. Plus de 8 000 églises et 11 chaînes de radio-télévision évangéliques oeuvrent sur le seul territoire de Kinshasa (7,5 millions d'habitants).

Mégalomane doué d'une évidente intelligence, Denis Lessie mesure l'ampleur de son pouvoir. "Sans les églises, les gens se rebelleraient chaque jour. Si nous, on les lâche, on verrait les dégâts dans tout le pays." Un mélange de cynisme et de réalisme d'autant plus détonant qu'en dépit du moindre début de preuve, chaque fidèle veut croire en la possible guérison, en la proche prospérité. Effrayant... (K. T.)