Médias/Télé

Dans le sillage de "Bye, bye Belgium" sur la RTBF, qui simula fin 2006 le scénario catastrophe de la partition de la Belgique, c'est au tour d'Arte de se prêter à un exercice de politique-fiction. Dans un esprit moins dramatique, la chaîne franco-allemande propose une nouvelle mystification : et si l'Onu s'apprêtait à voter l'abolition des frontières, permettant à chacun de circuler librement ? Orchestrée par le réalisateur Alain Lasfargues, Une planète sans frontières ? (Arte, 21h00), soirée spéciale animée dans un faux direct par Annette Gerlach et Laurent Bailly, mêle les analyses de vrais spécialistes, les vraies-fausses interventions de correspondants à l'étranger, des discours farfelus à l'Onu, des reportages habilement détournés, des sujets bidon, de vrais journalistes et des comédiens... Tout cet habile dispositif, dévoilé en fin d'émission, est mis au service d'une analyse prospective ludique et pédagogique, très éclairante sur la vaste question de l'immigration. Une telle décision ferait l'effet d'une bombe. Imaginez : on assisterait en Afrique à des déplacements massifs de population. En Arizona, des citoyens américains armés seraient prêts à en découdre à la frontière avec le Mexique, au nom de la défense de l'identité nationale. En Inde, se mettrait en place une bourse mondiale de main-d'oeuvre à bon marché. En Corée du Nord, quiconque franchirait la ligne de démarcation serait abattu. Dans une Europe vieillissante, cette nouvelle vague d'immigration pourrait être perçue comme une menace ou un renouveau. Les déplacements sur de longues distances seraient multipliés par six et l'on pourrait imaginer la création d'immenses bateaux pouvant accueillir 15 à 20 000 personnes.

Toutes les conséquences géopolitiques, économiques et sociologiques sont examinées par des spécialistes, qui fournissent une analyse non manichéenne d'un tel bouleversement. Quel serait le coût social de l'ouverture des frontières ? Assisterait-on à un afflux massif et incontrôlable d'immigrés ? Les immigrants se déplaceraient-ils nécessairement du Sud vers le Nord ? Les droits des travailleurs seraient-ils revus à la baisse ? Assisterait-on à une diminution des conflits ? Dans cet exercice périlleux, Arte parvient à éviter les pièges de la caricature et propose, du reste, une réflexion intéressante sur la manipulation des images. (C. G.)