Lendemain de tornade avec Yves Bigot

pierre-françois lovens Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé

Entretien

Il y a une semaine, la RTBF créait l'événement et la controverse avec le docu-fiction "Bye bye Belgium". Retour en primeur sur un électrochoc avec Yves Bigot.

Depuis le mercredi 13 décembre, jour de la diffusion du docu-fiction sur la sécession de la Flandre, de nombreux responsables de la RTBF (Philippot, Gerlache, Thiran, etc.) se sont exprimés. Sauf vous... Pourquoi ce silence alors que vous dirigez les antennes TV de la RTBF ?

Je tiens tout d'abord à exprimer ma totale solidarité avec l'ensemble de la maison et Jean-Paul Philippot, dont j'admire le courage dans toute cette affaire. Alors, si je suis apparu silencieux, c'est pour une raison fort simple : on n'a pas sollicité mon avis depuis le 13 décembre. Deux raisons expliquent probablement le fait que je sois apparu "extérieur" à toute cette affaire. Un : il s'agit d'un projet dont je ne peux absolument pas m'attirer les lauriers puisqu'il a été conçu bien avant mon arrivée en avril dernier. Deux : comme Français, je me suis imposé une seule limite dans ma fonction, celle de ne pas m'ingérer dans la politique intérieure de la Belgique.

Quand, en avril, on vous a parlé du projet, vous vous êtes dit : "ils sont fous ces Belges" ?

Oui (rires). Sauf que, pour ce que j'en sais, ce type de programme s'inscrivait dans une tradition de la RTBF, celle notamment de "Strip-Tease" ou du type sortant de la mer un micro à la main (NdlR : référence à Henri Mordant). Par rapport à ça, mon rôle n'était pas d'être un censeur. Mon rôle a été d'accompagner le docu-fiction par un débat en direct et l'insertion à l'écran de divers avertissements. Il était indispensable de ne pas laisser les téléspectateurs sur un choc; il fallait rapidement transformer l'émotion en grand débat démocratique, ce que nous allons continuer à faire.

France 2, pour laquelle vous avez travaillé, aurait-elle pu faire un tel coup ?

Bien sûr que non ! L'impertinence, à la télé française, trouve davantage sa place dans les talk-shows. En Belgique, elle réside pratiquement dans l'info. "Questions à la une" en est l'emblème. Ensuite, il y aurait eu un problème juridique en France car on a le "délit de fausse nouvelle". Enfin, la culture belge est très différente. La Belgique est le pays du canular, non ? L'entarteur, que je sache, n'est pas français...

Il n'en demeure pas moins qu'une partie des journalistes de la RTBF a réagi négativement à l'initiative. N'avez-vous pas ébranlé un peu plus l'institution que représente le Journal télévisé ?

Contrairement à ce que beaucoup de gens ont pensé ou écrit ces derniers jours, la légitimité du JT de la RTBF n'a pas du tout été entamée. Même si ce n'était pas le but, on constate que l'audience moyenne du JT est plutôt en hausse depuis une semaine. Le public, à l'évidence, considère donc que la réputation de la chaîne ou du JT n'est pas mise en cause. Pour ce qui est du débat interne, on l'avait suscité sur un tout autre thème qui est celui de l'évolution du JT. La veille du docu-fiction, on avait réuni tous les cadres de l'info pour mener ce travail. Et mon sentiment personnel est que toute cette affaire va avoir l'effet positif d'accélérer l'adhésion de toutes les équipes à cette réflexion.

pierre-françois lovens

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