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Si ce jeudi 20novembre est la Journée internationale des droits de l’enfant, 2008 est l’année de la Terre. Ferenc Moldovanyi parvient à mêler les deux thématiques dans "Another Planet", brillant documentaire tourné aux quatre coins de la planète durant deux ans, de 2005 à 2007. A travers sept histoires, narrées par leurs jeunes protagonistes, le film dresse un constat accablant de l’état du monde en ce début de XXIesiècle, et en particulier du sort réservé aux enfants dès que l’on sort du confort de l’Occident.

Sept visages, sept enfants, vivant au Congo-Brazzaville, en Equateur ou au Cambodge, différents et pourtant réunis par un même mal, celui d’une enfance bafouée, d’une innocence écrasée. Les rêves de ces filles et de ces garçons n’ont rien à voir avec ceux de nos chères petites têtes blondes; les leurs ressemblent à des cauchemars. Ainsi cette petite Indienne qui raconte avoir rêvé que la Terre s’enflammait et qu’elle devait sans cesse courir en avant pour dénicher un refuge. Refuge qu’elle ne peut espérer trouver auprès de sa mère, dormant du matin au soir et lui imposant non seulement toutes les tâches ménagères mais aussi d’aller vendre chewing-gums et cigarettes dans la rue une fois la nuit tombée. Réduite au rang d’esclave, la gamine apparaît résignée.

Cette résignation est sans doute ce qui réunit l’ensemble de ces enfants. Qu’ils fouillent des montagnes de déchets pour un dollar par jour, qu’ils soient enfants-soldats ou filles des rues (où prostitution et viol se confondent), tous n’ont d’autre choix que d’accepter leur sort pour survivre dans leur environnement hostile. Ces histoires, on les connaît toutes. Pourtant, le film se révèle bouleversant par sa capacité à conserver leur dignité à ses témoins.

La grande réussite de "Another Planet" est en effet de nous faire vivre ces destins tragiques sans jamais tomber dans le voyeurisme. Sans voix off, le documentaire se contente de donner la parole à ses personnages. Leur parole se suffit à elle-même, se passant de tout commentaire. D’autant que le documentariste hongrois, issu de l’univers du 7e Art, confère à son film une dimension cinématographique apportant une distance nécessaire, sans jamais pour autant réduire l’impact de l’émotion. La lumière étudiée, les images magnifiques et souvent saisissantes du directeur photo Tibor Mathé illustrent le propos des enfants, nous plongeant dans leur quotidien, souvent sordide. Tandis que le compositeur Tibor Szemzö propose une partition tout en finesse, aux notes cuivrées, conférant à l’ensemble une dimension de profondeur et de gravité.

Par son esthétique travaillée, par son propos sobre et universel, "Another Planet" ne se contente pas de livrer un cri d’alarme, il acquiert une dimension spirituelle, poussant le spectateur à réfléchir à un état de fait inacceptable, à regarder en face l’état de la condition humaine en 2008.