Médias/Télé

ENTRETIEN

Le 15 novembre dernier était rendue officielle la nomination de Wilbur Leguebe en tant que responsable du secteur documentaire de la RTBF. Un homme de la maison, réalisateur depuis trente ans et responsable pendant deux ans des documentaires culturels ertébéens.

Cette nomination intervenait au terme d'une «vacance» de 6 mois faisant suite à la «démission» de Bill Binnemans, en délicatesse avec l'ensemble du secteur (ateliers de productions, producteurs indépendants, etc.). Un signe d'apaisement et de soutien, de la RTBF, envers la profession. Même si personne ne doutait des difficultés à venir...

Quatre mois plus tard, et alors que s'est déroulé à Cannes le marché annuel réservé aux documentaires (Mipdoc), nous l'avons interrogé sur les contours de sa (future) politique...

L'un des problèmes du passé était que les producteurs indépendants ne savaient plus à quel critère se vouer pour qu'un projet passe...

Oui. On n'est pas forcément très loin par rapport à cela, mais nous avons décidé de dresser chacun la liste des films acceptés, refusés et arrivés à terme durant ces deux années car l'un des problèmes constatés en 2005 a été que de nombreux producteurs ont rencontré des difficultés pour finaliser leur projet sur le plan financier. En 2005, 33 films ont été coréalisés avec la production indépendante. En général, on vise une quarantaine de films par an, nous sommes donc en léger déficit pour 2005.

Il y a une difficulté à financer un film uniquement sur la Belgique. Et à rassembler tous les guichets (où les producteurs peuvent trouver des financements, NdlR) en raison de la discordance de choix entre la RTBF et la commission des films. Après, il faut se tourner vers l'étranger mais sans le soutien de sa chaîne nationale c'est très difficile. Or la grande majorité des chaînes ont des lignes éditoriales plus strictes. D'où la difficulté pour un nombre croissant de producteurs de parvenir à les intéresser à leurs projets personnels.

Arte aussi a changé sa politique...

Oui, elle a repoussé plus tard dans sa grille les sujets culturels et expérimentaux. La production expérimentale se retrouve en marge de la politique générale («mainstream») des chaînes. Et les producteurs se plaignent que la RTBF n'est pas claire dans ses attentes. Nous avons une production indépendante très hétéroclite avec, d'une part, une défense du film d'auteur pur et dur, des films que nous pouvons accueillir dans la case «Hors formats», une fois par mois. Et, de l'autre, ceux qui sont prêts à réfléchir et à travailler avec les chaînes, pas seulement dans un rapport de commande mais afin de définir des lignes éditoriales laissant des marges de création. Je prends l'exemple des thématiques science, environnement ou recherche qui fonctionnent plutôt bien auprès du public. Quand nous le faisons savoir, des producteurs se montrent intéressés et prêts à embrayer. Notre problème est essentiellement celui d'un équilibre entre ces deux courants aujourd'hui.

CRÉER UNE DYNAMIQUE DE RÉFLEXION EN AMONT

Comment comptez-vous procéder pour changer les choses?

Une association de producteurs (l'ARPF.doc) m'a proposé une séance de «pitching» où ils viendraient confronter leurs idées à nos attentes. Mon but: créer une dynamique de réflexion en amont qui permettrait que l'on aboutisse à de meilleurs projets et que tout le monde soit content. Ça, c'est en ce qui concerne la télé parce qu'aujourd'hui on a de plus en plus d'opportunités de faire des films pour d'autres canaux: sortie en salle, DVD, etc.

Quand aura lieu cette première séance de travail?

Le 20 avril, mais il faut que je répercute l'info et que je propose aux autres de le faire pour qu'ils ne soient pas spoliés.

Constatez-vous les premiers signes d'une décrispation?

Ça dépend avec qui. Mais je vois des signes positifs comme le fait qu'Hadja Lahbib, qui a rendu un projet de documentaire sur la condition féminine en Afghanistan, ait reçu une aide à l'écriture de la commission alors qu'elle n'est pas du métier. J'en suis heureusement surpris. Bien sûr, il y aura toujours des divergences parce que nous n'avons pas les mêmes objectifs, mais j'ai bon espoir que s'élargisse le spectre des films soutenus en commun.

Qu'attendez-vous du projet Arte-Belgique?

Je vois cela d'un bon oeil parce qu'on bénéficiera d'une case supplémentaire. Un lieu où les documentaires culturels trouveraient une place naturelle qu'ils n'ont plus tellement à la RTBF même s'ils ne seront pas les seuls proposés. Mais les choses sont loin d'être faites surtout en ce qui concerne la soirée mensuelle. La difficulté réside dans le fait qu'Arte-Belgique soit bien identifiée comme faisant partie de notre offre sans nous déforcer. Et puis, je ne sais pas comment Yves Bigot va répartir les programmes entre la une et la deux, mais c'est une opportunité extraordinaire pour le documentaire.

© La Libre Belgique 2006