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RENCONTRE

Le monde est un village.» La formule et connue, pourtant elle semble avoir pris corps avec lui ou plutôt avec son émission. Pour la sixième année consécutive, Didier Mélon reprogramme ses «Nuits nomades», concert sédentaire qui épouse les courbes de son rendez-vous quotidien sur la Première (19-20h).

Décollage immédiat

Inutile, malheureusement, de courir au Théâtre 140 ce soir, les 1000 places ont été écoulées en une semaine, il y a belle lurette. Mais la patience de l'auditeur fidèle sera récompensée puisque ces deux concerts seront diffusés durant le mois de mai et bénéficieront d'une diffusion télévisée à la rentrée dans «1001 cultures» (la deux), partenaire de l'aventure. Pour les plus impatients, reste le réconfort offert par le CD «Le monde est un village n°6» distribué dès ce vendredi, «que tout bon disquaire se doit d'avoir» sourit le sieur Mélon. Intrigués et un peu fans, nous avons voulu cerner les raisons de son succès...

Or, ce qui frappe, lorsqu'on rencontre Didier Mélon, c'est d'abord le silence. Question d'écoute peut-être, de discrétion sûrement. On imagine l'homme volubile et enthousiaste -le timbre de sa voix sans doute- et on le découvre attentif et (presque) taiseux... Difficile de juger si c'est le reflet de sa nature profonde ou le résultat de sa position d'interviewé... Evitant l'horripilante fausse modestie, il évoque sans rougir le décollage immédiat de son double radiophonique, il y a 8 ans déjà...

«L'émission s'est installée très vite. J'ai l'impression que cela correspondait à une demande des auditeurs.» Une attente sans doute pressentie par celui qui proposa le concept en 24h à un responsable d'antenne en panne d'idées face à une grille problématique. «Traditionnellement, la tranche 19-20h était celle des rebuts et émissions concédées. J'y voyais un carrefour entre le jour et la nuit.» Une image qui colle bien au concept du «Monde est un village». Au départ, pourtant, l'idée est trop étoffée. «Je voulais y mettre tous les paramètres qui touchent à l'évolution de la société, liés au développement et au nomadisme», mais le concept est trop lourd pour un seul homme.

Va donc pour la musique qui reste le plus grand vecteur d'ouverture et de découverte. Le résultat ne se fait pas attendre. «Claude Delacroix (alors responsable de La Première) m'a dit que c'était un des feed-backs les plus rapides et les plus importants en quantité et en qualité qu'il ait connus. On me parle souvent de l'émission comme si elle avait toujours existé, comme si j'avais toujours fait cela.»

Or, l'homme est affirmatif, «Le monde» est le reflet de son parcours depuis son arrivée à la RTBF il y a 18 ans, dans le cadre d'un stage pour ses études de réalisation en radio-télé (Louvain- la-Neuve). Reportages, «Petits matins», programmation musicale à Radio 21, feuilletons pour Musique 3... Didier Mélon a touché à tous les genres et est l'un des rares à avoir travaillé pour toutes les chaînes RTBF. Ceci explique sans doute qu'il aime à marier les styles (reportages, interviews, prestations «live») au sein de son émission.

Poussé à aller plus loin

Un homme comblé, donc? «Il y a plein d'émissions que j'aimerais faire, avoue-t-il, des envies de «radioman» mais sans urgence. Et puis, j'aimerais refaire un voyage en Asie, sans doute le continent le plus occulté et le plus long à découvrir. Je suis allé au Vietnam et j'ai découvert une nation d'une richesse inouïe... Et puis, on entend tellement de choses contrastées sur le Japon que j'ai envie d'aller y goûter personnellement. J'aime me dire que l'exotisme n'existe pas seulement du côté ensoleillé et latin. Souvent les musiques du monde sont celles du soleil en raison d'un tourisme plus développé de ce côté. Je me dis souvent que les deux parties du monde ne sont pas exposées de la même façon. Il est fréquent d'avoir sur des affiches des artistes cubains... mais certaines mélodies iraniennes, ignorées, sont à tomber par terre.» Un goût récent contracté au contact de percussionnistes à la «technique renversante».

Quoi qu'il en soit, Didier Mélon tient à rester ouvert à tous les univers. Conscient d'être face à un double public: les butineurs et les spécialistes. «Certains restent enfermés dans ce qu'on leur donne à voir et à entendre; d'autres pas. Je me souviens d'un courriel aux débuts de l'émission me poussant à aller plus loin, avec des exemples précis. Je me suis dit: s'il y en a un qui prend la peine de me l'écrire, il est représentatif d'un tas d'autres qui attendent dans l'ombre. J'ai perçu cela comme une grande liberté et je l'ai saisie.»

© La Libre Belgique 2005