Médias/Télé "Les Observateurs de France 24", un site et une émission d’actualité internationale réalisés à partir d’images amateur, fête ses 10 ans.  Entretien.

Quatre Observateurs emblématiques, parmi les cinq mille répartis sur les cinq continents, évoquent en six minutes leur mission sur France 24, ce samedi, à 9 h 15. A l’origine de cette émission collaborative associant des "gens ordinaires" et des journalistes professionnels, Derek Thomson, rédacteur en chef des "Observateurs".

Qu’est-ce qui distingue les journalistes citoyens des Observateurs ?

Les informations qu’ils nous donnent sont vérifiées par notre équipe à Paris. Et même s’ils se sont montrés fiables, nous continuons d’utiliser nos pratiques journalistiques : poser les bonnes questions, nous assurer de la pertinence des informations, raconter une histoire, écrire un titre. Chaque article publié sur le site des Observateurs commence par un paragraphe relatant le contexte, écrit par les journalistes. Il est suivi du témoignage de l’Observateur, réédité avec ses propres mots.

Ne joue-t-il pas le rôle de correspondant bénévole ?

Un "Observateur" ne remplacera jamais un correspondant sur le terrain. Il offre un autre moyen de présenter l’information vue à travers les yeux de "gens ordinaires". D’un Observateur, on n’attend pas d’analyse, mais un témoignage de ce qu’il a vu, de ce qu’il a vécu, en tant que citoyen d’un pays, d’une communauté. En entendant ou en lisant ses mots, j’espère que nos lecteurs, nos téléspectateurs sentiront qu’il s’agit de personnes comme eux, s’exprimant dans un langage humain, compréhensible. Cela permet de rapprocher notre public des gens qui vivent l’actualité à l’autre bout du monde. De l’extérieur, quand on pense à l’Arabie saoudite, on songe à la famille royale, au pétrole. Mais grâce à nos Observateurs basés dans le pays, nous avons pu découvrir, par exemple, que les Saoudiens aimaient et pratiquaient toutes sortes de danses. On peut découvrir d’autres sujets, d’autres idées, uniquement en écoutant et en parlant avec les gens du pays.

Risquent-ils de se mettre en danger ?

C’est impensable, impossible ! Ils sont juste là pour observer ce qui se passe autour d’eux, dans leur quotidien. S’ils demandent à se déplacer pour couvrir un événement, nous refusons systématiquement. A notre demande, beaucoup restent anonymes afin d’être protégés. Ce ne sont pas des professionnels de l’information.

Avez-vous besoin d’Observateurs en Belgique ?

Absolument et dans tous les pays européens. Peu importe leur profession, leur niveau d’éducation, leur opinion politique. L’important, c’est qu’ils aiment dire la vérité, partager ce qu’ils vivent au quotidien avec le reste de la planète et qu’ils croient que les citoyens peuvent améliorer le monde dans lequel ils vivent. Nous aimons bien les gens qui osent parler, qui osent rêver.

Le regard de vos journalistes a-t-il évolué au fil de leurs contributions ?

Aux Observateurs, notre excellente équipe de journalistes est dotée d’un esprit très ouvert. Ils choisissent ce qui ne fait pas forcément la Une de toutes les agences de presse, ce qui ne semble pas intéresser, a priori, mais qui informe tout de même nos lecteurs et nos téléspectateurs sur un pays.

Comme les "boules de Sissi", un jouet populaire que l’on trouve sur les marchés du Caire et qui tourne en dérision le président égyptien…

C’est un exemple de sujet de société qui nous a semblé intéressant, même s’il ne paraît pas important. Nous avons estimé qu’il révélait quelque chose de la société égyptienne.