Médias/Télé Sur La Deux les vendredis à 20 h 25, "Section professionnelle"*** sonde une école de Laeken. Le premier épisode a été diffusé ce vendredi 21 septembre. 

Il vous arrive d’observer des jeunes dans la rue ou dans le métro et de vouloir savoir ce qu’ils ont en tête ? C'est pour balayer les vieux clichés que la série documentaire Section professionnelle (Sur la Deux le vendredi dès 20 h 25) vous ouvre les portes de l’athénée royal Rive Gauche de Laeken. Le scénariste et réalisateur Joël Franka et Safia Kessas, journaliste, réalisatrice et ancienne productrice de Tout ça (ne nous rendra pas le Congo), ont suivi pendant un an le quotidien des 500 élèves du nord de Bruxelles.

"On voulait sortir des stéréotypes sur l’image de la jeunesse. Ils sont très peu représentés et quand on parle d’eux, c’est souvent à leur place", déplore Safia Kessas, également responsable diversité et égalité à la RTBF.

C’est réussi car cette série documentaire de quatre reportages de 52 minutes, quasiment sans voix off, est de qualité. Les images et le montage sont léchés, la bande originale est truffée de pépites belges (Balthazar, Girls In Hawaii, PAON…). Grâce à cette série, surtout, on rentre au plus près de l’intimité de ces élèves.


"Caméra = police"

Au départ, ce n’était pas forcément gagné. Pour parvenir à ce résultat, Safia Kessas a dû batailler pendant quatre mois avant que l’équipe puisse tourner les 250 heures de rushs. Il a fallu convaincre, d’abord, le préfet et les professeurs, la Fédération Wallonie-Bruxelles, ensuite, les parents et les élèves pour finir.

Ce ne fut pas une mince affaire d’expliquer à ces derniers que le but n’était pas de les piéger. "Pour eux, caméra égale police. Au départ, ils se disaient que si l’on venait, c’était sans doute parce qu’il y avait un truc mauvais à dire. Ils se sentent stigmatisés à mort. Alors que notre but, c’était l’inverse : montrer qu’ils étaient des gamins comme les autres, qui ont envie d’évoluer", explique Joël Franka.


"L’effet toboggan"

Absentéisme, insolence et même violence, on découvre, sans surprise, les difficultés que certains jeunes rencontrent avec l’autorité. Des problèmes souvent liés à un parcours scolaire cabossé.

"L’effet toboggan", comme le décrit Joël Franka. "Après des échecs en général, en technique, ils basculent souvent en professionnel et, au bout, il n’y a plus rien, la scolarité s’arrête."

Dans Section professionnelle on découvre du même coup la patience, l’énergie et l’altruisme des professeurs et des éducateurs qui font tout pour les motiver afin d’éviter qu’ils ne décrochent. "Dans cette école, la priorité, c’est d’être derrière les élèves pour les pousser à ne pas abandonner", estime Safia Kessas.

Des intervenants extérieurs donnent aussi de leur temps pour aider ces enfants à s’ouvrir et acquérir de la confiance. Le coiffeur de la Reine, Alain Denis, ou encore Isabelle Arpin, chef étoilée, viennent partager leur savoir-faire. Le blogueur Abdel évoque les stéréotypes quand le journaliste Michel Visart parle de sa fille Lauriane décédée dans les attentats de Bruxelles. Radicalisation, harcèlement, racisme, suicide, gestion du stress, violence… de nombreux thèmes sont abordés à travers ces saynètes.

En suivant leur quotidien, on s’attache à ces élèves. On rit, avec bienveillance, des coupes de cheveux ratées, des gâteaux renversés, des excuses bancales, des bons mots balancés lors des matchs d’impro. On s’émeut, aussi, de la complicité forgée parfois avec les profs, de leur fierté, aussi, lorsque, après tous ces efforts, leurs élèves s’en sortent.