Médias/Télé Trois témoignages inédits sur les financements politiques de Kadhafi chez Elise Lucet. A 20 h 55, sur France 2.

Mai 2007, Nicolas Sarkozy est élu président de la République. Mars 2018, à l’issue de 26 heures de garde-à-vue, l’ancien chef d’Etat est mis en examen pour "corruption passive", "financement illégal de campagne électorale" et "recel de détournement de fonds publics libyens" dans l’enquête sur les soupçons de financement libyen de sa campagne en 2007. L’affaire avait éclaté en 2012 avec la publication par Mediapart d’une note laissant penser que Mouammar Kadhafi avait versé 50 millions d’euros. "C’est moi qui l’ai fait arriver au pouvoir, nous lui avons donné le financement nécessaire", clamait feu le colonel Kadhafi.

Pendant un an et demi, le journaliste Nicolas Vescovacci a mené l’enquête. "Affaire Sarkozy - Kadhafi : soupçons sur des millions"** raconte de manière passionnante, avec pédagogie, un système présumé de financement occulte. Les équipes du magazine de France 2, présenté et soutenu par Elise Lucet, suivent la trace des intermédiaires œuvrant pour le compte de politiques français.

Un dossier explosif

Affaire d’Etat ou machination contre l’ancien Président et ses proches ? Trois hommes clés, trois hommes qui ne sont jamais exprimés face caméra, racontent de manière très circonstanciée ce qui se serait passé, selon eux.

Moftah Missouri, l’interprète officiel du colonel Kadhafi, explique ce qui se serait dit sous la tente bédouine, à Tripoli, le 6 octobre 2005, lors de la première rencontre officielle entre Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur et le "Guide de la Révolution". Il parle d’un deal, un "donnant-donnant" entre les deux hommes. Selon lui, tous les échanges étaient enregistrés. Le ministre français aurait annoncé sa candidature aux élections présidentielles et le guide libyen aurait accepté de l’aider financièrement en contrepartie d’une intervention dans le dossier Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services de renseignement, beau-frère de Kadhafi, condamné à perpétuité par contumace, pour son rôle dans l’attentat du DC-10 d'UTA qui a tué 170 personnes.

Taher Daech, quant à lui, fut l’un des gardiens du régime du colonel Kadhafi. Au service exclusif de sa propagande et de sa sécurité pendant trente ans, il revient en détail sur le système présumé de financement de la campagne de Nicolas Sarkozy à l’époque où il était "chargé d’accueillir ces intermédiaires".

Bechir Saleh, enfin, à la tête du LAP, un fonds d’investissement libyen, fut le gestionnaire des comptes du régime. Il a accepté de répondre à Nicolas Vescovacci et s’est laissé piéger par sa caméra, aussi. Cet ancien directeur de cabinet du leader libyen a toujours refusé de répondre à la justice française. Visé par un mandat d’arrêt international, il vit en exil à Johannesburg. En février dernier, il a été victime d’une fusillade à laquelle il a survécu.

Ces trois témoignages inédits confèrent une valeur particulière à ce documentaire qui pourrait devenir une pièce à conviction. A l’issue de sa diffusion, Elise Lucet recevra sur le plateau de "Cash Investigation" les témoins et les experts de cette affaire. Nicolas Sarkozy est invité à s’y rendre mais il n’a toujours pas donné sa réponse.