Les séries low-cost sont-elles de la fiction ?

Caroline Gourdin Publié le - Mis à jour le

Médias/Télé Correspondante à Paris

La "scripted reality" peut-elle entrer dans la catégorie de la "fiction" ? Pour arrêter le statut de ces programmes hybrides entre réalité et fiction, produits à bas coûts qui fleurissent sur les écrans de TF1, France 2, France 3, M6 ou NRJ 12, le Conseil supérieur de l’audiovisuel français a entamé lundi une série d’auditions. Francine Mariani-Ducray et Françoise Laborde, respectivement présidente et vice-présidente de la commission production audiovisuelle au CSA, entendront jusque début décembre les chaînes de télévision, les producteurs et les sociétés d’auteurs sur ce sujet.

La décision ou non de considérer comme de la fiction ces programmes souvent affligeants, empruntant aux codes de la téléréalité, n’est pas sans conséquences. Si tel était le cas, les chaînes pourraient inclure ces programmes low-cost dans les quotas de production et de diffusion d’œuvres françaises originales que leur impose la loi. Du coup, les producteurs de fiction craignent que les diffuseurs en viennent à réduire leurs commandes d’œuvres patrimoniales (fictions, documentaires, séries d’animation ). Par ailleurs, le CNC (Centre national de la cinématographie et de l’image animée) a toujours refusé jusqu’ici d’accorder le statut d’œuvre de fiction à ces programmes qui s’apparentent essentiellement à des reconstitutions de faits divers jouées par des comédiens, alourdies par des commentaires lénifiants et, généralement, par des témoignages face caméra. Si les subventions du CNC (entre 8 et 10 % du coût d’un épisode) devaient soutenir ces séries low-cost, c’est tout le système d’aide à la création qui risquerait d’en pâtir.

La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a déjà fait entendre sa voix, jugeant que la "scripted reality" n’avait "pas sa place" sur le service public. Ce qui n’a pas empêché le président de France Télévisions Rémy Pfimlin de renouveler sa confiance au pionnier Julien Courbet, producteur du "Jour où tout a basculé" (France 2) et de miser sur "Si près de chez vous" (909 productions, filiale de Lagardère Entertainment) pour faire mieux que "Derrick" sur France 3 l’après-midi (programme également diffusé chez nous, sur La deux, à 17 heures).

Malgré les protestations de la Guilde des scénaristes, qui dénonce l’exploitation des auteurs sur "Le Jour où tout a basculé", ou les mises en garde du Syndicat des producteurs indépendants (SPI) et du Groupe 25 images, qui parlent dans un communiqué de "productions tabloïd" détournant "l’esprit des dispositifs de soutien à la création", ces programmes low-cost se multiplient : "Mon histoire vraie" et "Au nom de la vérité" (produit par Arthur) en matinée sur TF1, "Face au doute" sur M6, et sur la TNT, "Hollywood Girls" sur NRJ12 ou "Les Ch’tis à Ibiza" sur W9, cette dernière s’apprêtant à diffuser le docu-série "Paris jour et nuit", sur les vrais-faux locataires d’un loft de la capitale, adapté d’un format allemand à succès.

"Le genre de la ‘scripted reality’ englobe des projets très différents, et ‘Si près de chez vous’ n’a pas grand-chose à voir avec ‘Hollywood Girls’ ou avec ‘Face au doute’, défend Sébastien Charbit, conseiller de programmes à France 3. Nous entendons les critiques. Si les codes visuels de ‘Si près de chez vous’ sont effectivement plus proches du magazine, avec des interviews face caméra, il y a une dimension d’écriture plus traditionnelle autour du réel. Il y a encore beaucoup de choses à améliorer sur ce format de 26 minutes, pour éviter que les ficelles ne soient trop lourdes. Mais nous sommes dans une économie de daytime et c’est forcément moins financé qu’une fiction de prime time ou d’access. On produit sur des temps moins longs avec des auteurs moins confirmés, qui ont entre dix et quinze jours pour finaliser un épisode. Nous essayons de trouver une organisation pour optimiser ce genre de rendez-vous, faire en sorte que les personnages soient plus subtils, etc. Sur une cinquantaine d’auteurs qui ont travaillé sur le projet, une quinzaine sont récurrents. On aimerait en fidéliser davantage."

Plus intéressé par "l’aspect éditorial d’un genre policier à cette heure-là" que par le débat au CSA sur la qualification de ces programmes de "scripted reality", Sébastien Charbit rappelle que lorsque le feuilleton "Sous le soleil" est apparu sur TF1 (en mars 1996, NdlR), d’aucuns remettaient en cause son statut de fiction

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