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On se souvient encore du sourire radieux mais intimidé de la jeune Mélèze Bouzid sacrée «révélation féminine 2004» au Festival de la fiction de Saint-Tropez pour «Le voyage de Louisa» présenté en compétition par France 2. Rejoignant sur scène l'un peu moins juvénile William Nadylam, les deux acteurs offraient, écrivions-nous alors, une «belle illustration du renouvellement de la fiction française tournant ses regards vers l'autre et l'ailleurs».

Mais si France 3, productrice d'«Une autre vie» de Luc Béraud n'a pas traîné à proposer sa réflexion sur la vie de ce jeune médecin noir (William Nadylam) coincé entre loyauté à ses «racines» et soif de se bâtir un avenir à sa mesure sur le sol français, on désespérait de découvrir le destin de clandestins de Louisa (Mélèze Bouzid) et son frère Sélim, loin de leur Tunisie natale.

Plus d'un an après la remise d'un prix dont elle s'enorgueillissait pourtant, France 2 se décide enfin à programmer «Le voyage» réalisé par Patrick Volson sur un scénario d'Azouz Begag et Charles-Antoine de Rouvre. Et on ne peut s'empêcher de se demander ce qui l'a tenu si longtemps loin du petit écran...

Interrogeant avec tact et intelligence les enjeux de l'immigration, «Le voyage de Louisa» résonne en effet de façon particulière dans cet «après-émeutes» que traverse l'Etat français. Et ce, d'autant plus que le scénario est notamment le fruit du travail de l'actuel ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances, Azouz Begag. Est-ce une demande expresse de la chaîne? L'histoire, bien qu'inspirée du témoignage de Fawzi Mellah, «Clandestins en Méditerranée» et du livre de Begag, «Ahmed de Bourgogne», n'évite pas tous les écueils du «politiquement correct». Notamment ceux liés aux émotions «faciles»: maladie d'un enfant et «happy end» final...

Il n'empêche: en montrant les difficultés rencontrées, les logiques inversées et le choc des cultures, ce téléfilm contribue à un regard plus juste - à hauteur d'homme - de la délicate question de l'immigration. «A la différence des plantes assignées à résidence dans un pot, les hommes possèdent l'incroyable faculté de traverser les géographies, les espaces culturels, de faire des rencontres, de changer, de se trouver eux-mêmes au contact de ce et ceux qu'ils croisent... Est-on condamné à mourir dans son village lorsqu'on souffre, comme la petite Louisa, d'une maladie congénitale ou peut-on traverser les frontières pour aller à Lyon, là où l'on a entendu dire que les médecins soignaient tous les gens même ceux sans argent? L'idée de combattre, de lutter contre la mort, c'est aussi celle de lutter pour sa survie notamment économique», souligne Azouz Begag en regard de son scénario.

Choisissant le truchement d'une fillette malade - à laquelle humainement nul ne peut refuser l'asile -, le film de Patrick Volson cherche à emporter l'adhésion en prenant appui sur la sympathie et l'émotion, mais les questions posées en filigrane, les situations dénoncées et les difficultés rencontrées par Louisa et Sélim (formidable duo) restent valables pour tous.

© La Libre Belgique 2005