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Mehdi. En son axe, un “h”. Dehbi. En son cœur, une seconde flèche. Deux parallèles qui tracent dans l’histoire de cet acteur, remarquable et remarqué, un chemin prédestiné. Mehdi Dehbi naquit à l’académie Grétry de Liège, en 1986. Plus exactement, à la maternité de Bavière remplacée, depuis, par ce lieu d’enseignement artistique. “ Toutes les mamans sont des artistes ! Mon père est ouvrier et ma mère aide familiale. Ils m’apportent leur sensibilité et quelque chose de leur histoire. Ils comprennent mon désir, très tôt. A cinq ans, je chante, je joue de petits sketches avec mes amis, j’écris des chansons… Ils me soutiennent. C’est ma force, je peux aller de l’avant. Tout vient de l’enfance .” C’est le grand-père maternel, berbère, qui a quitté le Maroc pour s’installer à Liège. Une figure tutélaire. Dès douze ans, et durant cinq années, Mehdi se formera au Grétry. Sa sœur, quant à elle, se préparera à devenir criminologue.

Seize ans et déjà le premier rôle. “La maison de production des frères Darden lance un casting et ma prof de théâtre me fait passer l’annonce. Je suis choisi. Et le rêve se concrétise. Je raconte des histoires et je touche des gens. Ça passe par le corps, la voix, ça dépasse les mots. C’est le moyen le plus fort pour trouver un sens à ce que je suis.” Avec Abdelkrim Bahloul, c’est la rencontre. Medhi Dehbi est sélectionné pour le prix Joseph Plateau du meilleur acteur dans son “Soleil assassiné”.

Apres ses études secondaires, en 2003, il entre au conservatoire royal de Bruxelles. “On nous explique, quand on est belge, que la Belgique est toute petite, qu’on ne peut pas faire grand chose si on reste là. Alors, je suis allé voir ailleurs si j’y étais !” En 2005, il décroche le concours d’entrée au conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris dans la classe de Dominique Valadié. Deuxième rencontre. L’année suivante, il rentre sur concours au London Academy of Music and Dramatic Art. “L’anglais est une autre de mes passions. A neuf ans, j’ouvrais le dico pour apprendre des mots dans cette langue fluide.” A Londres, il joue Roméo. “Shakespeare est inégalable, une vraie bible du comédien avec tous les rôles possibles.” Il reçoit une formation en danse, en musique. “J’aime beaucoup Alan Platel et l’énergie fabuleuse de Vanessa Van Durrme. Je me rapproche de plus en plus de la danse contemporaine.”

De retour à Paris, pour sa 3e et dernière année au conservatoire de Paris, il enchaîne avec le rôle du travesti musulman dans “La folle histoire d’amour de Simon Eskenazy”. Une prestation irrésistible qui lui vaut la révélation 2010 pour le César du meilleur espoir et le prix du premier rendez-vous du Festival du film de Cabourg. Un passage au cinéma dans “Sweet Valentine” d’Emma Luchini et, de 2009 à 2010, deux pièces de théâtre comme un prélude à “L’infiltré” : “Baïbars le mamelouk qui devint sultan” de Marcel Bozonnet, un ancien de la Comédie française et “Terre Sainte”, mise en scène par Sophie Akrich au Théâtre de la Tempête. “La première fois que je rencontre Giacomo Battiato, je sens dans sa poignée de main une très bonne énergie, un homme respectueux. Et il me choisit très vite.” Reste à se préparer mentalement au rôle du Palestinien Issam Mourad, l’infiltré issu des troupes du terroriste Abou Nidal. Prendre 6 kg de muscles, se renforcer physiquement, entrer dans le corps de l’autre, c’est la clé. “Puis, travailler le secret, observer dans le métro, jouer à se rappeler la couleur des chaussures du passager. Trouver un isolement, une solitude, un truc que je connais... C’est un honneur de recevoir le Fipa d’or pour ce rôle. Issam tient debout par amour pour sa sœur. Sa sœur, c’est son pays. Il se sait piégé, mais reste prêt à mourir dignement. C’est un orphelin, l’emblème d’une jeunesse abandonnée. Albert Camus le raconte mieux que moi. Pour moi, Issam est Kaliayev, le personnage des “Justes”. Une œuvre qui me touche profondément et que j’ai prévu de mettre en scène avec l’aide de Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège.”

Mehdi Dehbi ne s’identifie à aucune star de cinéma. Il se sent touché par la liberté revendiquée d’un James Dean : “Dream as if you’ll live forever. Live as if you’ll die today.” “Rêve comme si tu allais vivre éternellement. Vis comme si tu allais mourir demain.” Les univers de Lynch et Almodovar le fascinent. “Ce sont deux mondes irréels et tellement proches que ça en devient déroutant. C’est à la frontière du cinéma et de la vie. Faire rêver et en même temps vous dire que vous êtes avec nous dans ce rêve, c’est ce que j’aime.” Mehdi Dehbi, merveilleux passeur de mondes parallèles…

© La Libre Belgique 2011