Médias/Télé Victimes et experts témoignent contre le Roundup. La Une, 20h25.

Les enquêtes de Marie-Monique Robin sont désormais attendues par la société civile. Depuis la diffusion du documentaire "Le Monde selon Monsanto", la journaliste et réalisatrice fait figure de David face au Goliath industriel. Il y a 10 ans, la lauréate du Prix Albert-Londres avait mené une enquête d’envergure pour nous montrer comment cet empire de l’agroalimentaire s’était bâti à grands coups de force et de pression. Monsanto l’un des premiers semenciers de la planète, le leader mondial des OGM et du Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, s’est retrouvé à La Haye, en octobre 2016.

Un tribunal international à La Haye

Deux ans plus tôt, deux citoyens suisses avaient proposé à Marie-Monique Robin de parrainer cette idée de Tribunal international. La journaliste avait alors filmé les victimes venues de France, d’Argentine, des Etats-Unis, du Sri Lanka pour témoigner des effets du glyphosate, la très toxique molécule active du Roundup : corps et visages monstrueusement déformés, malformation à la naissance, cancers, maladies rénales, respiratoires… A la barre, les experts ont ainsi pu démontrer comment le pulvérisateur d’herbicide omniprésent dans l’eau, l’air, la terre et les aliments apporte la mort. Déclaré en mars 2015 "cancérigène probable" par le Centre international de recherche sur le cancer, le glyphosate est reconnu comme tel par des études scientifiques secrètes… commanditées par Monsanto, qui a refusé de comparaître devant ce Tribunal.

Jugé pour crime d’écocide

Le 18 avril dernier, à La Haye, les juges ont rendu leur opinon juridique. "Ils ont considéré que Monsanto n’agit pas en conformité avec les droits humains fondamentaux. Ils ont recommandé que le crime d’écocide, c’est-à-dire le crime contre les écosystèmes, soit inclus dans le statut de Rome qui fonde la cour pénale internationale de la Haye aux côtés des crimes contre l’humanité, de génocides, de guerre et d’agression. Ils ont estimé que si l’écocide était reconnu par le droit international, le glyphosate pourrait être considéré comme un outil de ce crime", conclut la réalisatrice qui développe l’enquête dans l’ouvrage "Le Roundup face à ses juges" à paraître le 19 octobre à La Découverte/Arte.

Mercredi dernier, les parents du petit Thomas, présent dans ce documentaire, ont ainsi pu porter plainte contre Monsanto qu’ils rendent responsable du handicap de leur fils de 10 ans. Né avec de graves malformations de l’œsophage et du larynx, Théo ne respire que grâce à une trachéotomie. Il devrait bientôt subir sa 52e opération. La famille est conseillée par le cabinet de Me William Bourdon qui s’est déjà illustré dans des affaires difficiles.

Que va décider l’Europe ?

L’interdiction du glyphosate "marquerait la fin du soja transgénique qui nourrit les élevages intensifs, et aussi celle d’une grande partie des OGM, qui résistent au Roundup. On comprend alors pourquoi Monsanto attaque les experts indépendants avec cette violence, recourant à toutes formes d’intimidation", rappelle Marie-Monique Robin. Pourtant, le Sri Lanka est le premier pays à l’avoir interdit grâce au courage d’un moine bouddhiste député et d’un jeune chercheur, lanceur d’alerte, présent dans le film.

La décision de l’Union européenne de prolonger ou non son autorisation sur le marché est attendue les 5-6 octobre prochains. Le renouvellement de la licence dans l’UE représente un sacré enjeu, à Bruxelles.Virginie Roussel